‹ Histoire des littératures étrangères (volume 2)Chapitre 5 sur 300 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

d*Arabes , nous assistons aux débuts de la littérature italienne , dont il fut le zélé protecteur.

Ce prince, fils de l'empereur Henri YI, né en Italie d'une mère italienne, était Italien de cœur et de goût; pupille d'Innocent III , il avait renoncé à l'empire pour garder la couronne de Sicile; mais il viola son serment et voulut réunir l'une et l'autre ; de là ses longues luttes contre le Saint- Siège, dont il brava les excommunications. Au milieu d'un siècle de foi, Frédéric était incrédule; il avait adopté les mœurs licencieuses de l'Orient, et tournait en dérision les dogmes chrétiens. Mais il aimait là science et encourageait les études partout où il avait de l'influence; il faisait traduire Aristote etGalien; il avait une Académie poétique dans sa capitale et y lisait ses propres vers. Les troubadours provençaux étaient bien reçus à sa cour ; on y chantait des poésies amoureuses et satiriques ; il présidait ainsi à l'éclosion de la muse italienne, sous l'inspiration de ces maîtres de la gaie science que la Provence envoyait alors à l'Italie. Son fils Enzio se distinguait aussi comme poète ; fait prisonnier par les Bolonais , il consola sa longue captivité par des vers d'amour, qui semblent préluder par le ton à ceux d'un autre captif célèbre , Charles d'Orléans. Pierre des Vignes, ministre de Frédéric II, et savant jurisconsulte, faisait aussi des vers; condamné à mort comme coupable de trahison envers l'empereur, il sortit de la vie par un suicide. Dante , qui entend sa plainte dans Y Enfer, rappelle qu'il tenait les deux clefs du ccsur de Frédéric pour fermer et pour outrir.

C'est donc à la Sicile que revient l'honneur d'avoir essayé les premiers chants en langue italienne , et c'est en dialecte sicilien que chanta le plus ancien poète connu, Giullo d'Alcamo, dont on a conservé une chanson dialo-

guée d'une naïveté assez gracieuse. Mais il ne faut pas oublier que c*est à la Provence qu'est due cette initiation poétique, et que l'Italie doit aux troubadours ses premières inspirations. Ils y arrivèrent à la suite des empereurs; ils se répandirent dans toutes les cours et les chAteaux» où on leur faisait un gracieux accueil; la langue provençale était partout comprise : c'était comme un dialecte italien ; elle en avait la grâce et la douceur ; elle avait de plus la richesse des formes, la fécondité, tout un répertoire de chansons d'amour. L'Italie s'appropria avec bonheur cette poésie qui allait si bien à son caractère. La Lombardie eut ses troubadours, qui chantaient en langue provençale , et dont Sordello de Hantoue nous offre le type le plus célèbre. La gr&ce ingénieuse , déjà mêlée de raffinement chez les troubadours, deviendra chez les Italiens un art subtil, qui sera le caractère dominant de leur poésie : leur idéal sera cet amour platonique que Dante et Pétrarque sauront immortaliser par leur génie.

Cest donc à la fin du douzième siècle que l'Italie essaye ses premiers chants; la langue existe, sinon bien précise encore : car elle a des formes, des intonations diverses d'une région à l'autre; l'unité lui fera défaut comme l'esprit national. Dante, dans son traité De tndgari eloquio, constate cette diversité : il compte quatorze dialectes en Italie, et ajoute que si l'on signalait toutes les différences locales , on en trouverait plus de mille. Us finiront par se grouper en se précisant davantage : on aura le sicilien , le vénitien , le romain, le milanais, le toscan, et ce dernier, par le droit du génie littéraire, acquerra une suprématie qu'on essayera en vain de lui contester.

Rien qui mérite une longue attention dans ces premiers essais de la muse italienne, laquelle cherche à se mo-

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