CHAPITRE^QUATRIÈME
comte Bolardo (1430-1494) respecta mieux les usages de la cheyalerie, et dans son Roland . amoureux [Orlando tnnamorato) il fit un tableau complet de la galanterie chevaleresque ; les femmes y ont le rôle principal, et la décence est observée avec une réserve délicate qui est peu commune dans ce siècle. Le défaut de ce roman , c*est un excès de longueur nuisible à l'intérêt; le récit s'arrête au neuvième livre, et déjà il a rempli soixante-neuf chants; toute la chevalerie y eût passé si le conteur avait pu achever son œuvre. Une telle surabondance produit de la confusion dans les détails et de la négligence dans le style. Pulci lui reste supérieur comme écrivain ; il est plus sobre et plus léger, mais Bolardo l'emporte par l'invention, par la régularité, par la peinture des caractères; il a créé des personnages vivants, des types, que l'Arioste lui a empruntés pour les rendre immortels; leurs noms mêmes sont devenus populaires : Rodomont est en français un énergique qualiGcatif ; Agramant, Sacripant, Sabrino, Gradasse, sont également connus. Sismondi prétend que ces noms existent encore parmi les familles qui descendent des vassaux du fief de Scandiano, appartenant à l'auteur; quant à celui de Rodomont, il le trouva un jour au milieu d'une partie de chasse, et il revint au galop à sa demeure, si joyeux qu'il fit sonner les cloches et tirer le canon, au grand ébahissement des paysans à qui ce nouveau saint était inconnu. Le Roland amoureux, tel que nous l'avons, fut remanié un siècle après par Berni, qui respecta le fonds, tout en donnant au style l'élégance et la correction qui lui manquaient. Mais son principal mérite, sans contredit, est 4'avoir inspiré l'Arioste.
Les lettres ont été aussi cultivées au quinzième siècle par quelques fenunes dont l'histoire doit conserver les
noms avec honneur. La princesse Battiste de Montefeltro composa des canzom remarquables; elle professa publiquement la philosophie , et aucun adversaire ne pouvait la désarçonner dans Targumentation ; on la vit haranguer en latin l'empereur Sigismond» le pape Martin Y et d'autres personnages. Sa petite-fille Constance et son arrièrepetite-fiUe Battiste conservèrent la tradition de ses talents. Alcssandra Scala , fille de Thistorien de ce nom , Gecca de Sienne, Blanche d*Este obtinrent aussi les suffrages publics. La mère de Laurent de Médicis, Lucrèce Tornabuoni, composa des Poésies sacrées, et transmit à son fils ses goûts littéraires. Enfin Gassandra Fedele excella dans Téloquence, la philosophie, la musique et les langues anciennes.
Nous ne pouvons terminer cette revue du quinzième siècle sans dire quelques mots du célèbre moine dominicain Jérôme Savonarole (1452-1498), qui tint en échec pendant plusieurs années le pouvoir des Médicis à Florence, grâce à rinfluence que lui donnaient sur le peuple son éloquence hardie et l'austérité de sa vie. Savonarole se crut inspiré d'en haut; s'il se trompa, ce fut évidemment de bonne foi. Animé d'un zèle ardent pour la religion et la réforme des mœurs, il voyait dans les Médicis les corrupteurs de la nation, les ennemis de la liberté; le prédicateur se fit tribun; il groupa autour de sa chaire un parti puissant, attaquant sans ménagement les vices des princes, les abus du clergé. Devenu prieur du couvent de Saint- Marc, puis vicaire général de sa congrégation, il opéra des réformes rigoureuses dans plusieurs maisons de son ordre; il visait même à la réfoi-me générale du clergé. Laurent de Médicis, soit par prudence, soit par générosité, laissa libre- carrière à la parole de l'ardent dominicain. Lorsque Charles VIII envahit l'Italie pour aller à la conquête de