CHAPITRE QUATRIÈME
Napics, SaYODarole vit avec plaisir ce prince élranger qui faisait tomber les Hédicis du pouvoir; il y substitua le sien propre; sans prendre une part directe au gouvernement, il gouverna, du fond de sa cellule ou du baut de sa chaire, cette sorte de démocratie théocratique dont il était l'âme. Il fit la guerre au luxe, aux arts, aux œuvres littéraires qu'il considérait comme autant de moyens de corruption. Des troupes d'enfants, transformés par lui en inquisiteurs, allaient dans les maisons et les palais pour y saisir les tableaux et les tivres, qui devenaient la proie des flammes; Florence n'était plus une académie de beaux esprits, mais un couvent austère où régnait une sorte de terreur religieuse et d'ascétisme public. Cet état de choses était trop violent, trop tendu pour pouvoir durer. Savonarole s'attaqua au pape Alexandre VI, qui répondit par Texcommunication. Un moine franciscain osa élever chaire contre chaire; il forma un parti contre Savonaroie, et le délia d'affronter avec lui l'épreuve du feu , comme témoignage de son inspiration céleste. Savonaroie hésite, recule, consent enfin à ce que l'un de ses disciples traverse ie feu à sa place, et, au dernier moment, veut imposer des conditions impossibles. Ce fut le terme de sa puissance ; le peuple, désabusé, se tourna contre lui; son procès lui fut fait par des commissaires envoyés de Rome , et cette fois, il fut envoyé au bûcher par une condamnation juridique.
L'éloquence de Savonaroie était bizarre, diffuse, parfois violente, mais originale et vigoureuse. Il a laissé plusieurs écrits remarquables, parmi lesquels on distingue son Triomphe de la croix, qui est une démonstration de la vérité catholique.