‹ Histoire des littératures étrangères (volume 2)Chapitre 44 sur 300 · CHAPITRE CINQUIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE CINQUIÈME

il passe pour le plus glorieux, le plus brillant de l'Italie, quoique le quatorzième remporte par la puissance créatrice du génie. Trois grands noms le dominent dans les lettres : Machiavel, TArioste et le Tasse; mais ceux de Dante , de Pétrarque et de Boccace soutiennent la comparaison avec avantage. Sous le rapport moral et politique, ritalie est en décadence; la licence des mœurs, déjà notable au siècle précédent, fait dans celui-ci de tristes progrès; les caractères perdent de leur noblesse et de leur grandeur ; les écrivains ne songent qu*à plaire , et souvent se dégradent par de basses flatteries; ils sont à la solde des

grands, et perdent en dignité comme en inspiration. La vie publique n*a plus ses libres allures d'autrefois : le despotisme engendre la vénalité, et plus on avance dans ce

siècle si rempli de talents, plus on remarque cet abaissement des âmes et des caractères.

L'Italie est un champ de bataille entre les Français et les Espagnols, qui s'en disputent la possession et y luttent pour la prépondérance : de là des maux incalculables pour le pays, et un asservissement funeste : privée d'unité et de force, ritalie devait être la proie du vainqueur. A l'invasion rapide et malencontreuse de Charles VIII, succèdent celles de Louis XII et de François P% sans autre résultat pour eux qu'une gloire éphémère et stérile. Ferdinand le Catholique et Charles-Quint, plus heureux et plus habiles, réduisent cette riche contrée à un état de demi-servitude, qui prépare son affaissement et sa décadence.

Malgré ces guerres et ces malheurs publics, cette nation si bien douée, si aimable, si polie, si pleine d'enthousiasme pour le beau, si bien préparée par l'étude, produit des essaims de littérateurs et d'artistes qui mettent le comble à sa gloire ; c'est un âge d'or comme celui de Périclès et m. 6

d'Auguste, et le nom des Médicis, représenté par le pape Léon X, est resté attaché à ce siècle glorieux comme un immortel souvenir. Ce grand pape , que l'histoire sérieuse et impartiale a vengé des accusations outrageantes dirigées contre ses mœurs, était fils de Laurent le MagniQque, et avait puisé à Florence, dans cette cour si savante et si polie, ce goût délicat des lettres et des arts, dont il devint, à Rome, le représentant et le zélé protecteur. Placé entre la rivalité de François I*' et des Espagnols , il se montra aussi habile politique que grand patriote, et il sauva au moins ses États, s*il ne put opérer le salut de la patrie commune. Rien de plus magnifique que sa cour, où il attirait les savants, les poètes, les peintres, les sculpteurs, par ses libéralités et ses encouragements. Ses secrétaires, Bembo et Sadolet, donnaient le modèle de cette latinité élégante dont Gicéron était la source unique; lui-même composait des vers latins, en même temps qu'il épuisait son trésor à collectionner des objets d'art, des livres rares et précieux. Ce goût de l'élégance et du savoir était partagé par son entourage : les cardinaux et les princes rivalisaient de zèle et d'ardeur, et leurs petites cours, satellites de celle du pontife, contribuaient à l'éclat général du règne. Aussi quel merveilleux concours d'hommes de génie et de talent dans tous les genres, que de créations heureuses, que d'œuvres immortelles! Raphaël, Michel- Ange, Bramante, Jules Romain, Léonard de Vinci, le Titien» Gorrége , André del Sarto dans les arts ; Machiavel , Gui- Chardin, l'Arioste, Berni, Paul Jove, Sannazar, Vida dans les lettres, et beaucoup d'autres d'un ordre inférieur. Tous ne se rattachent pas sans doute au même degré au cortège glorieux du trône pontifical, mais ils appartiennent tous à cette haute culture intellectuelle , à ce noble développe-

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