CHAPITRE CINQUIÈME. g
ment des facultés créatrices dont les Médicis ont élé les principaux promoteurs. .
U ne faut pas oublier que si la France avait présidé à la formation de la poésie italienne en lui prêtant ses troubadours et ses trouvères, elle lui dut. au seizième siècle, l'impulsion dont elle avait besoin pour se remettre à son niveau; le seul fruit qu'elle retira de ses incursions en Italie fut la renaissance du goût ; elle lui emprunta ses artistes, elle imita ses écrivains : Charles d'Orléans, marié à Valentine de Milan, mit dans ses vers quelque chose de la grâce de Pétrarque ; Marot l'imite mieux encore ; François I" est ébloui par l'attrait de la civilisation italienne ; sa sœur, Marguerite de Navarre, marche sur les traces dé Boccace; Ronsard et Bertaut s'inspirent des poètes de l'Italie. Catherine de Médicis nous rend moins de service en nous apportant les traditions d'une tortueuse politique, trop pratiquée au delà des monts; on imite le mal comme le bien; mais le goût français s'est incontestablement réveillé, développé, épuré au contact de l'Italie.
Enti-e le quinzième et le seizième siècle, un écrivain se présente qui appartient & tous les deux par la date de sa naissance et celle de sa mort, et qui en forme la transition naturelle, de même qu'il les représente mieux que tout autre par la nature puissante et complexe de son talent • c'est Nicolas Machiavel (1469-1527J. Esprit pénétrant et sagace, penseur profond, historien, philosophe, poète même, il voit sans illusion la réaUté des choses, et c'est à lui qu'U faut demander la véritable position de l'Italie au moment où eUe va perdre ce qui lui restait d'indépendance, n voit le mal, il en gémit, il cherche des remèdes, et, peu soucieux de la morale, il les indique dans un empirisme brutal auquel il sacrifie tous les principes. Sa
verve malicieuse, souvent aiguisée d'une ironie amère, son mépris pour l'humanité comme pour le droit des gens, ses arguments en faveur d'une détestable doctrine, ne doivent point nous faire oublier qu'il y avait en lui un ardent patriote en même temps qu'un écrivain de premier ordre. Sa gloire littéraire ne s'est établie que lentement; elle ne date guère que de la fin du siècle dernier. Du reste, il n'y visait guère lui-môme; souvent il écrivait par caprice, par désœuvrement, dans les loisirs forcés que lui laissait la politique, et plusieurs de ses ouvrages sont restés inachevés. L'action était son véritable domaine; son ambition l'y portait autant que l'instinct d'un génie supérieur, et ses meilleurs écrits, où l'imagination ne joue aucun rôle, empruntent toute leur force à la pensée, servie par un admirable style.
Les ancêtres de Machiavel occupaient, dans la noblesse florentine, une place honorable, sinon éminente : on trouve parmi eux bon nombre de gonfaloniers et de prieurs, mais leur état de fortune était modeste. On sait peu de choses sur sa jeunesse et son éducation, mais tout prouve qu'il fit de solides études, en vue d'arriver aux affaires publiques. Les circonstances se prêtèrent peu à son ambition : il avait vingt-trois ans à la mort de Laurent le Magnifique; il regarda passer, avec une curiosité de sceptique, les quatre années du pouvoir de Savonarole ; il se rapprocha de son successeur, le gonfalonier Soderini, et entra à la chancellerie, comme secrétaire des Dix, pour rédiger la correspondance et les délibérations de ce conseil suprême : il avait alors vingt-neuf ans. Machiavel remplit ces fonctions durant quatorze ans, et fut chargé pendant te temps de plusieurs missions diplomatiques, tant en Italie qu'en France et en Allemagne. Ses correspondances