CHAPITRE PREMIER
deler sur la muse provençale. Ce n'est guère que pour mémoire qu'il faut citer Odo et Guido délie Colonne, Jacopo da Lentino surnommé le Notaire, Onesto de Bologne, Falcacchiero de Sienne ; ce sont les bégayements de Tenfance poétique. Mais il y a un talent plus réel chez Guido Guinicelli que Dante, dans le Purgatoire t appelle son pèrCf et qu'il place c au-dessus de tous ceux qui ont écrit en Italie des rimes d'amour douces et gracieuses ». Un tel hommage suffit pour faire vivre sa mémoire, et Bologne s'honore justement d'un poétQ qui a surpassé tous ses contemporains, tant par l'élévation que par la variété des pensées, malgré l'obscurité trop métaphysique qu'on y trouve.
De son côté, la Toscane n'est pas en arrière du mouvement poétique; elle revendique plusieurs prédécesseurs de Dante ; l'un d'eux porte même son nom , ce qui est de favorable augure : c'est Dante de Majano, et ce premier Dante a aussi sa Béatrix; il a chanté une dame sicilienne, Monna Nina , qu'il n'avait jamais vue ; il lui envoie des vers, et elle lui répond dans le même style, se faisant gloire d'être appelée la iVtna du Dante.
Le progrès est sensible chez le Florentin Guido Cavalcanti, ami de Dante, et ardent Gibelin connue lui; ses ballades ont pour objet, suivant l'usage, une dame de beauté, poétisée, idéalisée sous une forme scolastique un peu pédante : le sentiment ne pouvait s'exprimer alors sans ces recherches subtiles qui tenaient lieu d'inspiration. Sa canxone sur la nature de l'amour eut les honneurs de l'interprétation latine, faite par Égidius Colonna, comme s'il se tùt agi d'un texte ancien.
Sous une forme plus simple et sur un ton plus vrai chantait saint François d'Assise (1182-1226), qui sut un des
premiers manier la langue italienne; on a de lui quelques cantiques, en vers irréguliers non rimes , où son Ame iérapkique s'épanche en accents de tendresse religieuse pour tous les êtres de la création.
c Loué soit Dieu , mon Seigneur ! pour toutes les créatares, spécialement notre frère le soleil, qui nous donne le jour et la lumière ; il est beau et rayonne avec une grande splendeur; il est votre image, 6 mon Dieu.
c Loué soit mon Seigneur ! pour notre sœur la lune , et pour les étoiles : il les a formées dans le ciel, brillantes et belles.
c Loué soit mon Seigneur! pour notre sœur l'eau, qui est utire, humble , précieuse et chaste.
c Loué soit mon Seigneur ! pour notre frère le feu, par lequel il illumine les ténèbres, et qui est beau, agréable, fort et puissant.
c Loué soit mon Seigneur! pour notre mère la terre, qui nous nourrit et nous soutient, qui produit les fruits, les fleurs diaprées et les herbes. »
Quand il se sentit mourir, le saint homme ajouta la strophe suivante :
< Loué soit mon Seigneur ! pour notre sœur la mort corporelle, à laquelle nul homme vivant ne peut échapper. »
Jusque-là, rien de bien original ni de personnel dans la poésie des Italiens. Disciples et imitateurs des troubadours, ils leur empruntent les formes poétiques, les sentiments, le tour de galanterie raffinée et subtile, sur lequel ils trouvent moyen de renchérir encore. Cette imitation, peu favorable à la pensée, se rachète au moins par le travail du. style , et prépare l'instrument que Dante saura bientôt consacrer par la puissance féconde du génie.
Ainsi l'Italie, un peu attardée dans la formation de sa