‹ Histoire des littératures étrangères (volume 2)Chapitre 50 sur 300 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

SEIZIÈME SIÈCLE. — l'ARIOSTE. — LE TASSE.

L'Arioste : ses études ; ses premiers écrits ; sa position à la cour de Ferrare. Le Roland furieux : idée de ce poème. — Ses imitateurs : Louis Doice ; Bruzantini ; Francesco de' LudoTici ; Alamanni ; Beroi : le genre bemesque; ses CapitoH. — Bemardo Tasso. — Torquato Tasso; le Rinaido; traits de caractère ; Yoyage à Paris ; VAminta ; trayail épique ; ses malheurs à la cour de Ferrare , sa fuite , sa fie vagabonde , sa captiTité, sa triste fin. La Jérusalem délivrée : critiques qu'elle proToque. La Jérusalem conquise. Étude sur l'épopée du Tasse : ses qualités et ses défauts. Les sonnets : la tragédie de Thorismond. — Imitateurs dn Tasse : Gonzaga; Fratta; Semproni; Graziani.

Machiavel, avec Fécolé politique, nous a servi de transition entre le quinzième et le seizième siècle ; nous avons vu la prose italienne atteindre avec lui un degré de force et de pureté qui doit servir de modèle; nous allons voir cette môme perfection se montrer dans la poésie avec les immortelles créations de TÂrioste et du Tasse. Après cette étude des trois sommités littéraires du siècle, nous reviendrons, suivant Tordre des genres, aux écrivains d'un rang secondaire.

Ludovico Ariosto (1474-1530) naquit à Rcggio, ville dont son père était gouverneur, sous la domination du duc de Ferrare Hercule I". Son père l'appliqua à l'étude de la jurisprudence ; mais voyant qu'au bout de cinq années de travail il y perdait son temps et sa peine, il le laissa suivre son goût pour les lettres. L'Arioste avait alors vingt ans et savait à peine les éléments du latin; il s'y appliqua avec

ardeur, persuadé qu'il ne pourrait rien faire sans cette langue mère de la sienne ; mais il négligea le grec , faute de temps et peut-être de courage. La mort de son père lui avait laissé les embarras de chef de famille. < Je trouvai moyen, écrit-il, de marier une sœar et puis une autre, et je fis si bien que le patrimoine ne déchut point. J*avai$ des petits frères dont la Providence me faisait le père; je fis ce que le dévoir et le cœur me commandaient; pousser celui-ci aux études, celui-là à la cour, cet autre à Tarmée, et veiller à ce que ces jeunes âmes se maintinssent dans la bonne voie loin du vice : tout cela ne m'était pas favorable pour avancer dans mes études. »

Les premiers écrits de l'Ârioste, des comédies, des sonnets, des canzoni à la manière de Pétrarque, lui conquirent la célébrité; ses sept satires, charmantes de grâce et de finesse, sont pleines de détails personnels et forment sa meilleure biographie. Il s'attacha au service du cardinal Hippolyte d'Esté, et perdit une indépendance qui lui était chère ; sa fortune étant médiocre, il ne pouvait secouer un joug qui lui pesait; il le subit pendant quinze années, remplissant diverses missions et écrivant, pendant ses rares loisirs, ce poëme qui devait faire sa gloire, YOrlando furioso, dont il lisait de temps en temps quelque chant à ses amis ; il profitait de leurs critiques plus qu'il ne savourait leurs éloges, car il ne se lassait pas de corriger et de polir cette œuvre, à laquelle il travailla jusqu'à ses derniers jours. Mais il dut être assez sensible au compliment que lui adressa le cardinal Hippolyte, le jour où il lui fit hommage de son poème : < Messire Ludovico , lui dit-il, où donc avez-vous pris tant de sottises? » Il était triste pour un poôle d'avoir pour protecteur un tel Mécène ; aussi , quand il fut question de l'accompagner en Hongrie,

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