‹ Histoire des littératures étrangères (volume 2)Chapitre 53 sur 300 · CHAPITRE SIXIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE SIXIÈME

datant de trois siècles, le Roland furieux est aussi neuf et aussi frais que s'il était écrit de nos jours : pour l'Italie, c'est la langue parfaite , académique et classique.

Des défauts! Dans quelle œuvre humaine n'en peut-on trouver, depuis qu'Horace a signalé chez Homère des moments de somnolence? Un critique sévère signalera daus le Roland furieux des imitations fréquentes, des figures outrées, des exagérations, des trivialités, le mélange du sérieux et du bouffon, de longs monologues, <^ertaine affectation de sentiments, la grâce sacrifiée à la Tigueur, trop d'uniformité dans les caractères; ces taches sont légères; elles disparaissent dans la verve du récit €t les riches qualités de l'ensemble ; il est peu de po6mes qui aient eu un succès plus complet et plus durable. Delllle, dans son po6me t Imagination, a tracé de l'Arioste un charmant portrait dont nous citerons quelques vers en tenninant.

Raison, gaieté, folie, en lui tout est extrême ; Il se rit de son art, du lecteur, de lui-même ; Fait nattre un sentiment qu'il étouffe soudain ; D'un récit commencé rompt le fil dans sa main, Le renoue aussitôt, part, s'élève, s'abaisse. Ainsi, d'un vol agile essayant la souplesse, Cent fois l'oiseau volage interrompt son essor, S'élève, redescend et se relève encor.

Puisque nous tenons le poëme chevaleresque, indiquons rapidement les nombreux imitateurs de l'Arioste, que la perfection de son œuvre aurait dû décourager, mais qui s'obstinèrent dans une lutte impossible.

Louis Dolce (1508-1569), écrivaûi infatigable et d'une prodigieuse fécondité, essaya tous les genres sans exceller

dans aucun : il n'a pas composé moins de six po6mes épi-

ques et romanesques, sur le thème rebattu de la Tabk ronde, des AmadU et delà Guerre de Troie; ils ont plus de longueur que de mérite. Ce sont : Sacripante Paladino, Prime imprese ^Orlando, Achille e Enea, UUsse, Palmerin d^OUve et Pritnaléon.

Bruzantini voulut suivre de près le Roland de rArioste dans son Angelica innamorata; mais il a beau pratiquer les mêmes ressorts et les mêmes personnages, multiplier les maximes, les descriptions et les combats, il ne réussit pas à provoquer Tintérêt.

Il y a un peu plus de mérite chez Francesco de' Ludovici, auteur d*Anihée le Géant et des Triomphes de CharUmagne, ce dernier en deux cents chants divisés en tercets.

Luigi Alamanni (1495-1556), ami de Machiavel, conspira contre les Médicis, et échappa à leur vengeance en se réfugiant en France, où François I*' lui donna divers emplois. C'est à l'instigation de ce prince qu'il écrivit, en vingt-quatre chants, son poème de Giron le Courtois, d'après le modèle français; il chercha à se rapprocher de la simplicité antique, supprima les exordes, les digressions, les adieux au lecteur; il arriva à une certaine noblesse régulière , sans pouvoir éviter la froideur et l'ennui.

Nous avons déjà cité Berni (1490-1536), qui refit avec talent et bonheur le Roland amoureux de Bolardo, en lui donnant les qualités de style qui lui manquaient; d'une œuvre plate et mal écrite, il fit une création élégante et originale, sans y mettre pourtant aucune invention nouvelle; ce qui lui est propre, c'est le tour plaisant, la malice ingénieuse et fine, la gaieté bouffonne, résultat du contraste entre le ton et le sujet : de tous les poètes romanesques, c'est celui qui se rapproche le plus de l'Arioste. Mais Berni a encore une autre sorte de mérite; il est le

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