‹ Histoire des littératures étrangères (volume 2)Chapitre 54 sur 300 · CHAPITRE SIXIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE SIXIÈME

créateur du genre plaisant appelé bemesque, genre qui a fait école en Italie , où on lui trouve un attrait particulier. (Test une sorte de moquerie légère, piquante, qui touche au bas comique sans tomber absolument dans le burlesque ; elle a quelque chose de vif, de hardi dans Ici pensée comme dans l'expression ; elle se platt dans l'équivoque , les disparates, les rapprochements grotesques; elle rend comiques les objets les plus sérieux; elle a des pointes satiriques et des écarts licencieux. Berni excelle dans ce genre de plaisanterie; il y met un naturel, une bonhomie, une malice qui dérident les plus graves lecteurs; il parvient à amuser et à faire rire même en faisant l'éloge de la peste, qui est, dit-il, une purgation naturelle des mauvaises humeurs du globe, et qui mérite tous nos égards. C'est dans ses Cajntoti qu'il se livre à ces sorties d'un goût douteux ; il y fait aussi bien l'éloge des fèves, des cardons, des anguilles, de la disette et du mensonge. Joyeux compère, d'humeur libre et sans préjugés, quoiqu'il fût chanoine de la cathédrale de Florence, sa verve satirique ne ménageait personne, ni les grands, ni le clergé, ni lui-même : il avoue qu'il était colère , dédaigneux , et que son plus grand plaisir était de rester au lit et de ne rien faire. Ce grand rieur, qui tient de Rabelais en plus d'un point, eut-il la fin tragique que rapportent plusieurs biographes? Il aurait été empoisonné par Alexandre de Médicis, parce qu'il avait refusé d'empoisonner le cousin de celui-ci, Hippolyte : cette anecdote est dénuée de preuves.

On connaît peu aujourd'hui le nom de Bernardo Tasso (1493-1569) , parce qu'il a été effacé par la renommée immortelle de son fils Torquato. Pourtant il est un des meilleurs poètes de l'école de l'Arioste. Son poème en cent chants VAmadU de Gaule est écrit avec art, d'un ton grave

et sérieux; le style en est agréable, élégant, mais trop uniforme; aussi se trompait-il quand il disait que si son fils faisait des vers plus savants, il n'en ferait jamais d'aussi doux que les siens. Bernardo Tasso a encore composé des eanzoni h la manière de Pétrarque, des odes, des élégies, un Diicùun sur la poésie pour l'Académie vénitienne , des Lettres, intéressantes pour l'histoire littéraire et politique du temps, et le po6me de Fhridant, inférieur à son Amadis.

Torquato Tasso (1544-1595) était le troisième fils de Bernardo, et naquit à Sorrente, où son père s'était établi, au milieu de ses pérégrinations d'une cour à l'autre. Les poètes de ce siècle sont presque tous attachés à un prince ; ils servent, c'était l'usage du temps; c'était aussi le besoin, car la plume ne donnait pas l'indépendance, encore moins la richesse; il fallait chanter les princes, pour en obtenir une protection dédaigneuse, chèrement achetée; heureux quand la fierté révoltée de l'écrivain ne lui attirait pas la disgrâce ou la persécution. Nous avons vu comment l'Arioste regimbait sous le 6a/ dont il était blessé, comment Machiavel s'abaissait devant un duc de Florence ; le Tasse devait éprouver plus qu'aucun autre combien est amère la vie des cours, combien est dangereuse la fréquentation des grands, quand on ne peut se résoudre à ramper à leurs pieds.

Le Tasse était né poète ; dès son enfance, il s'était familiarisé avec Homère et Virgile. Il fit ses premières études chez les jésuites de Naples. Son père, qui lui avait donné l'exemple et le goût de la poésie, en lui faisant faire la copie de son Amadis, voulut l'en détourner, et lui imposa Tétude du droit; il Tétudia à Padoue; mais la lecture des grands poètes italiens l'attirait invinciblement, et à dix« huit ans il suivit les traces de l'Arioste en composant un

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