CHAPITRE PREMIER
langue , recevait de la France l'impulsion littéraire. Paris était, au treizième siècle, un centre intellectuel, le rendez- TOUS de tout ce que FEurope avait d*illustre ; sa faculté théologique n'avait point de rivale ; on y vit successivement Albert le Grand, Chaucer, Roger Bacon, Lanfranc, Anselme de Gantorbérj , Pierre Lombard , saint Bonaventure, saint Thomas d'Aquin; puis Bnmetto Latini , Dante,. Pétrarque et Boccace y séjournèrent plus ou moins longtemps. La langue française, déjà fixée et habilement écrite pour le temps, tendait déjà à la suprématie européenne.. Les Italiens aimaient cette langue, la parlaient volontiers, et plusieurs d'entre eux récrivirent de préférence à la leur. Brunetto Latini (1220-1294), né à Florence, et chassé par les Gibelins de sa ville natale, passa vingt-quatre ans à Paris, et écrivit en français son TWior dt toutes ehons, parce que, dit-il, c la parlure en est plus délitable et plus commune à toutes gens ». Ce Trésor est une sorte d'encyclopédie, où sont entassées, selon Tusage du temps, toutes les connaissances de ce siècle, histoire, philosophie, morale, politique, éloquence et sciences diverses. Son Tetoretio, sorte de vision fantastique, allégorique et mythologique, est écrit en italien; on lui a fait trop d'honneur en j trouvant l'origine de la Divine Comédie. Martino Ganale écrivit aussi en français sa Chronique de Venise, et en donne les mêmes raisons que Brunetto : c Cette langue, dit-il, cort parmi le monde et est plus délitable à lire et à olr que nulle autre. » Telles étaient déjà au treizième siècle l'influence et Tuniversalité de notre vieil idiome français. Brunetto était philosophe et grammairien : son lAvre de la bonne parkure prouve le soin qu'il prenait de la langue. Dante, son élève , l'a placé dans son Enfer ^ on ne sait trop pour quel crime, car il déclare en même temps qu'il porte
c gravée dans son cœur Timage paternelle » de ce savant inattre.
An treizième siècle apparaît la chronique en langue vulgaire : on a d'abord les GwmaU (journaux) de Matteo Spinello y en dialecte de la Fouille , œuvre naïve et intéressante dans son style encore grossier. Mais c*est en Toscane que se forme la prose et que les récits abondent. G*est là qu'écrivent les deux Malispini , l'oncle et le neveu ; leur Hitêaùre de Florence, dans la partie ancienne, est un amas de rêveries et de fables» un récit romanesque qui fait sourire » surtout en présence du calme et de la bonne foi naïve du narrateur. Hais la véritable histoire se retrouvé quand il s'agit des faits contemporains aux auteurs : tout y est sincère et grave» sauf une partialité évidente contre tout ce qui touche au parti gibelin.
Mais la véritable histoire est inaugurée» un peu plus tard» par Dino Compagni» dont la Chronique JhrerUine fait suite à celle des Malispini : elle va de 1280 à 1312 ; l'auteur mourut en 1323» après avoir été prieur et gonfalonier de Florence. Témoin ou acteur dans les événements qu'il raconte, son récit est empreint de verve et de couleur» parfois même d'une certaine passion» quoiqu'il se fût rangé dans le parti des Guelfes modérés. La période qu'il raconte est fertile en événements comme en intérêt : c'est celle des discordes civiles qui» durant trente-sept ans» agitèrent Florence» partagée entre les Noirs et les Blancs; Dante fut exilé avec ces derniers en 1302. Dino Compagni» comme chroniqueur» est un digne prédécesseur de Yillani» qui prit la plume vingt ans plus tard. Sa prose mar* que un notable progrès dans la langue» à une époque où Dante élevait si haut la poésie italienne.
Les romans» les récits d'imagination» ne furent pas