‹ Histoire des littératures étrangères (volume 2)Chapitre 60 sur 300 · CHAPITRE SEPTIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE SEPTIÈME

patriotique : c'était le moment où, après la ligue de Cambrai , le pape Jules II appelait les Italiens aux armes pour chasser les Barbares d'Italie ; l'allusion était facile à comprendre; mais le sujet n'avait qu'une importance médiocre ; les victoires de Bélisaire sur les Goths n'avaient eu qu'un résultat momentané, et l'Italie n'avait pas eu beaucoup à se louer de son libérateur, qui l'avait pillée tout aussi bien que les Barbares.

Le Trissin n'était pas de taille à tirer un bon poème d'un sujet ingrat; il manquait de force créatrice, d'imagination ; aussi ne trou va-t-il rien de mieux que de suivre pas à pas Homère, de lui emprunter son plan, ses descriptions, ses images, ses expressions, et jusqu'à des épisodes entiers, c II en a tout pris, dit Voltaire, hors le génie. Il s'appuie sur Homère pour marcher et tombe en voulant le suivre ; il cueille les fleurs du poète grec , mais elles se flétrissent dans les mains de l'imitateur. » Le merveilleux est gauchement appliqué : les souvenirs païens s'y mêlent souvent à la pensée chrétienne, tant il a de peine à se séparer de la fable homérique. Enfin, le style est froid, le ton prosaïque; le vers libre [seiolto) qu'il emploie n'est pas fait pour le rehausser.

Le Trissin écrivit aussi pour le .théâtre : sa comédie 1 5t]?it//imi est tirée des Ménechmes de Plante : c'est toujours l'histoire des deux jumeaux qui se ressemblent. Il trouva un beau sujet de tragédie dans Sophonisbe, mais il lui manquait le génie pour en tirer parti; sa préoccupation n'est pas de créer une action dramatique , de trouver des situations, de peindre des caractères; c'est de suivre pas à pas les tragédies grecques, surtout celles d'Euripide ; les longs récits, les monologues entravent l'action; et pourtant,

grâce au sujet, il y a des moments pathétiques. Plusieurs ui. 8

44i LITTÉRATURE ITALIENNE.

écrivains ont repris, d'après lui, le thème de Sophonisbe : Mairet , Corneille , Voltaire et Alfieri ont chacun une pièce qui porte ce titre.

Le genre didactique, voisin de l'épopée, demande un talent souple et varié pour sauver la monotonie d'un sujet presque toujours aride. Virgile, qui s'est approché de la perfection dans chacun des deux genres , a servi de modèle à Ruccellai (1449-1514) dans son poëme sur les abeilles (le Api) , en vers blancs.

Gomme son ami le Trissin, il aborda la scène tragique , et y transporta les formes du thé&tre grec ; on ne savait pas alors se mcnitrer autrement original. Il avait pourtant un beau sujet dans Rosemonde, cette femme du roi des Lombards Alboin, qui assassina son époux parce que» dans un festin , il l'avait forcée de boire dans le crâne de son propre père; il ne sut en faire qu'un pastiche de Sophocle et d'Euripide, forçant les ornements, lesiigureSy les longs discours, aulieu.de donner à l'action une marche énergique et régulière. Son Oreste n'est qu'une paraphrase de Ylpkigénie en Tauride : les chœurs n'y sont pas oubliés. Ruccellai était parent de Léon X : il remplit des fonctions importantes dans l'État et mourut gouverneur du château Saint-Ange.

Alamanni (1495-1522) , dont nous avons signalé le poème de Giron le Courtois parmi les romans chevaleresques, écrivit, dans le genre didactique, la CoUivaxwne: c'est un traité d'agriculture, en vers libres, où les anciens sont mis à contribution suivant l'usage ; pourtant il y a des observa-tions personnelles, des digressions heureuses, une variété qui intéresse, de l'ordre, de la méthode, et parfois même du sentiment ; mais le style manque de naturel et fatigue par sa monotonie. La plume d'Alamanni était plus féconde

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