CHAPITRE SEPTIÈME
quisme : le mot est consacré par la critique. Ce fut la plaie de rifalie ; ce faux dilettantisme dura trois siècles ; il fut encouragé par l'admiration générale ; il tint lieu de talent et de génie, ou plutôt il paralysa l'un et l'autre.
Il faut faire un choix dans cette armée de rimeurs, et l'on nous saura gré de le restreindre dans d'étroites limites, car à quoi bon réveiller ceux qui dorment si bien leur dernier sommeil? Nous avons déjà nommé Bembo, le cicéronien , le pur latiniste , aimé et recherché dans toutes les cours , favori de Léon X et de Clément VII , comblé d'honneurs, de richesses ; historiographe de la république de Venise, et enfin cardinal sous Paul III, quoique sa vie épicurienne ne répondit guère à cette dignité, il mourut d'une chute de cheval en 1547, admiré de tous, quoiqu'il ne fût guère qu'un imitateur et un éplucheur de mots. Il suivit Cicéron en latin , Pétrarque et Boccace en italien ; ses Rime et ses Canzoni ont pour elles la pureté de la langue, sinon l'imagination et la pensée; ses Asolani sont des entretiens qui rappellent le Décaméron pour le fond et pour la forme, mais non pour le talent; il y a plus de mérite dans son Histoire de Venise en douze livres, dans ses Lettres et ses Entretiens sur la langue italienne.
Le Vénitien Capello (1500-1565) est un pétrarquiste de l'école de Bembo : exilé de sa patrie , il pleura sa disgrâce dans ses Rime, chanta son bienfaiteur, le cardinal Alexandre Farnèse^ et la religion, à laquelle il demanda des consolations.— Tebaldeo fut salué par ses admirateurs comme un nouveau Pétrarque ; il comprit lui-même l'exagération de ces éloges , et se tourna vers la poésie latine , à la suite de Vida et de Sadolet. — Accolti, fils de l'historien de ce nom , n'eut pas moins de succès que Tebaldeo , sans pouvoir se fonder une réputation durable. — Molza vaut
mieux : ses poésies ont de la douceur, du charme, une élégance soutenue ; le genre sérieux lui réussit autant que le badinage bernesque. — Patemo suivit pas à pas le style et la forme poétiques de Pétrarque : il intitula ses Rime : il Nuow> Pttrarca, et trouva une rivale à Laure dans une dame qu'il appelle Mirzia, allusion au mifrte, parlequel il remplace le laurier dans ses effusions poétiques.
D'autres poètes tinrent à honneur de ne pas se tratner dans les sentiers battus du pétrarquisme , et aspirèrent à une certaine indépendance ; il faut au moins tenir compte de leurs efforts, parfois heureux. Broccardo et Tarsia écrivirent des Canxoni où il y a une certaine yerve, et plus d'énergie que dans la tourbe des imitateurs. — Gastaldi (1480-1536) se posa nettement en adversaire de l'école de Bembo , et visa moins à l'harmonie qu'à la noblesse du style, à la nouveauté des pensées, à la richesse des images. — Giovanni délia Casa (1503-1561), qui mourut archevêque de Bénévent, suivit la même voie, avec plus de vigueur encore, dans ses Rime; voulant échapper à la monotonie languissante de l'école pétrarquiste, il rechercha les pensées nobles et graves, ornées de tours nouveaux, de périodes hardies, de fortes et grandes images; il raviva ainsi le style poétique , en le rapprochant des nobles modèles donnés par Dante; mais ses Poésies burlesques forment une tache dans le recueil de ses œuvres.
Annibal Garo (1 507-1 566) , qui avait débuté par des facéties dans le genre bernesque, recueillit des succès de meilleur aloi par ses poésies lyriques, admirées par le Tassé, et sa traduction de Y Enéide, où il fait un usage excellent du verso sciolto. Sa phrase poétique se déploie largement, soutenue par une harmonie brillante, un charme naturel, une élégance sévère ; mais la pensée n'est pas à la hauteur de