CHAPITRE SEPTIÈME
l'expression; elle est forcée et emphatique. On admire beaucoup les lettres de cet écrivain, non-seulement celles qu'il écrivit au duc de Parme, mais encore et surtout celles qu'il écrivait, d)un ton plus léger et plus agréable, à ses amis : ce sont des modèles classiques. Sa querelle, littéraire avec Gastelvetro eut un grand retentissement. — Tolomei (1492-1555) essaya d'introduire le rhythme latin dans la poésie italienne ; il fit des hexamètres et des pentamètres à la manière antique, mais cet usage ne put prévaloir, et ses imitateurs valent encore moins que lui. — Guidiccioni (1 500-1541) chercha à relever dans ses vers le patriotisme assoupi des Italiens ; il pleurait la gloire passée, les malheurs présents, la servitude où l'Italie était plongée ; ces nobles accents ne trouvèrent pas d'écho : l'Italie s'ensevelissait dans ce sommeil léthargique qui devait durer trois siècles.
Michel-Ange, qui fut avant tout un artiste de génie, eut par moments l'inspiration du poète ; il composa quelques sonnets où Ton retrouve comme un écho de Dante et de Pétrarque. Sa muse était Vittoria Colonna, marquise de Pescaire, poète elle-même ; l'Arioste la comparait à Homère, et ses poésies sacrées, quoique déparées par de froides antithèses, n'en ont pas moins une gravité éloquente qui dénote un vrai sentiment poétique. — Il faut placer à côté d'elle son amie Yeronica Gambara, moins mystique, mais plus sensée ; la mort de son époux, Gibert, seigneur de Gorrége, lui fit abandonner la poésie ; elle ne songea plus qu'au soin de ses enfants. — Moins sévère est la muse de Gaspara Stampa, qu'une passion malheureuse conduisit prématurément au tombeau. Ses vers, fruit de la tristesse et de la solitude, sont l'expression d'un sentiment simple et vrai.
Les adversaires des pétrarquistes étaient les bemesques, partisans de ce genre plaisant et bouffon auquel Berni a donné son nom. Les plus graves écrivains ne craignaient pas de se livrer à ces parodies carnavalesques, aiguisées d'une pointe de satire, et dont le sel un peu grossier a toujours eu de la saveur pour les Italiens; l'historien Sacchi s'y adonnait avec une yerve assez heureuse ; Lasca, froid et prosaïque d'ordinaire, est amusant quand il lance l'épigramme burlesque contre les faiseurs de madrigaux. On donnait le nom de CapUoh > à la pièce de vei*s composée dans ce genre léger, futile, armé de pointes équivoques, et parodiant tous les sujets, pour en faire jaillir une grosse gaieté. Gaporali en fit des compositions plus étendues dans les Obsèques de Mécène et le Voyage au Parnasse : il ne lui manque qu'un peu de finesse et de vigueur pour arriver à la vraie satire.
La satire, nous la trouvons chez Yinciguerra, qui appartient au siècle précédent; Âme honnête plutôt que bon écrivain, il prêche la morale avec énergie et conviction. . L'Arioste, qui a composé sept satires, s'inspire de la grâce d'Horace, et y trace ses aventures personnelles, mais sans négliger les travers d'autrui. — Bentivoglio, que l'on place après lui, est bien inférieur par la pensée et le style; il effleure ses sujets et ne sait pas en tirer parti. — Mamanni, dans ses satires, a un autre défaut, celui d'être obscur, affecté et déclamatoire ; il donne aux grands des leçons qui ne manquent ni de courage ni de noblesse : les Médicis en furent piqués au point de ne jamais lui pardonner.
Nous n'avons pas épuisé la revue des écrivains berneschapitre.