‹ Histoire des littératures étrangères (volume 2)Chapitre 64 sur 300 · CHAPITRE SEPTIÈME. 4S · texte numérisé non relu

CHAPITRE SEPTIÈME. 4S

ques; ce genre, quoique peu estimable, tient une si large place dans la littérature italienne qu*il faut bien, bon gré, mal gré, lui faire les honneurs de Thistoire. Mauro (1490- 1536) suivit les traces de Berni, et composa des CapUoU en l'honneur des fèves, du mensonge et de la disette. — Firenzuola écrivit sur le même ton l'éloge des cloches, celui de la soif, et chanta plaisamment la mort d'une chouette ; outre des satires, des nouvelles, des comédies, il fit des Diteours d^ animaux, et Y Ane ^or, paraphrase assez amusante de celui d'Apulée. On trouve encore de bons traits dans les capUoU d'Anguillara, dans les sat%re$ bemesques de Simeoni qui célèbre le four, les anguilles et la fève ; dans celles de Nelli, où Tesprit abonde, mais sans suite et sans art; il est piquant lorsqu'il parle des peccadilles des avocats et des misères des plaideurs. — Le genre bemesque dégénéra en bouffonnerie grotesque sous la plume de Folengo (1491- 1544), plus connu sous le nom, qu'il se donna, de Merlino Coccajo. Il inventa une langue burlesque, sorte d'italien grossier assaisonné de terminaisons latines ; c'est ce qu'il appelait langue macaromque, par allusion au mélange dont se fait le macaroni ; c'est dans ce style qu'il écrivit un poème satirique dont le héros se nomme Baldus : ramassis informe de grosses plaisanteries et d'aventures incohérentes, qui trouva des admirateurs, mais aussi des critiques. Moine défroqué, et de conduite peu régulière, Folengo se convertit, rentra dans son couvent, et changea de ton comme de style dans son Orlandino, poème satirique en huit chants, sur l'enfance de Roland; mais il revint au style macaronique dans son Chaos, vrai pélemèle qui peint bien le désordre d'un esprit malsain.

Grazzini (1503-1583) doit être cité, comme fondateur de deux académies ; la première, celle des Humides {gti Umidi),

An LITTÉRATURE ITALIENNE.

fut transformée en Académie florentine, et il en fut nommé trois fois provéditeur; ce mot A' humides obligeait chaque membre à prendre un nom relatif à l'eau ; Grazzini choisit celui d'un poisson appelé Lasca, nom qui lui est resté. Exclu de cette académie par une intrigue de parti, il attaqua ses adversaires dans des comédies et de piquantes satires ; puis il songea à en créer une autre, ce fut celle de la Crusca^ qui devint bientôt Tarbitre du goût et de la langue, ainsi que nous Tavons dit plus haut. Les Nouvelles de Grazzini n'offrent de nouveauté que dans les détails, car elles sont assez pauvres d'invention.

De la satire à la comédie, il n'y a qu'un pas : nous le franchirons sans autre transition, en faisant observer que si l'Italie n'a pas, dans ce genre, un grand mérite d'inyention, elle a du moins celui d'avoir conservé, à travers tout le moyen âge, la farce improvisée {Commedia deW arie), que Ton fait remonter jusqu'aux Atellanes romaines. Les Italiens ont aimé de tout temps ces bouffonneries grotesques, entremêlées de lazzis et de coups de bâton; la mimique y tenait la place principale ; les personnages, toujours les mêmes, avaient un cadre déterminé d'avance, un rôle consacré par l'usage, au milieu duquel ils improvisaient une histoire, une aventure, selon les besoins du moment, et le dialogue courait comme il pouvait, selon l'esprit et la verve du comédien. C'est ainsi que sont nés, que se sont perpétués les personnages traditionnels et légendaires de Pantalon, d'Arlequin, de Scapin, de Polichinelle, qui semblent voués à l'immortalité.

Les Mystères, désignés sous le nom de rappresentaxioni, ont eu aussi leur vogue ; ils étaient tirés de l'Ancien et du Nouveau Testament, et joués par des confréries : on en a retrouvé un bon nombre dans les yieilles bibliothèques.

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