‹ Histoire des littératures étrangères (volume 2)Chapitre 65 sur 300 · CHAPITRE SEPTIÈME. <Ï · texte numérisé non relu

CHAPITRE SEPTIÈME. <Ï

Sous les MédiciSy le besoin d'amuser le peuple en fit agrandir le cadre, et ces fêtes (feste) dramatiques prirent un caractère de solennités pompeuses. Ces drames, les uns religieux, les autres romanesques, furent joués jusqu'au dix-septième siècle.

La renaissance des lettres antiques porta Fattention sur le théâtre des Latins et des Grecs ; on joua d'abord Plante et Térence dans le texte original ; les cours lettrées se plurent à ces savants spectacles, accessibles seulement au petit nombre ; bientôt on voulut en faire jouir la foule ; on traduisit, on imita les pièces anciennes; il se forma un théâtre national, encore dépourvu d'originalité, mais où perçait déjà l'esprit d'observation. L'Orphée de Politien est le premier type de ces œuvres classiques, et la Mandragore de Machiavel inaugura avec éclat la comédie. Le cardinal Bibbiena se fit une réputation par sa Calandra, applaudie dans toutes les cours : c'est un souvenir des Ménechtnes de Plante, assaisonnés de gaieté un peu grossière, dont $*accommodait fort bien le goût du temps. La mise en scène était très-soignée, et les grands artistes, peintres comme architectes, ne dédaignaient pas d'y mettre la main : il fallait à ces cours brillantes, à ce peuple délicat, la réunion de tout ce qui peut concourir au plaisir de l'esprit, de l'oreille et des yeux.

Après les comédies, déjà citées, de l'Arioste, qui ont des traits excellents, un dialogue vif et naturel, après les pièces deTrissin, d'Alamanni, de Lasca, précédemment indiquées» nous arrivons à celles d'un écrivain tristement célèbre, Pietro Aretino.

Cest à peine si, dans une histoire honnête et sérieuse de la littérature italienne, on ose prononcer le nom de Pierre l'Arétin (1492-1557), ainsi nommé parce qu'il était

m LITTÉRATURE ITALIENNE.

né dans la ville d'Arezzo. Pourtant cet homme méprisé et méprisable fut une despuissances du siècle, dont il résume le côté immoral par la licence extrême de ses écrits et Tautorité qu'il sut s'arroger au moyen d'une plume insolente et vénale. Sa jeunesse est pauvre et vagabonde; n*ayant fait aucune étude, il est, de treize à dix-neuf ans, apprenti relieur à Pérouse, puis domestique à Rome chez un riche négociant, d'où il se sauve emportant une tasse d'argent; il entre au service du pape Léon X. Quelques vers adroits et flatteurs adressés à des grands fixent sur lui l'attention ; il en tire honneur et profit; cela décide de sa vocation ; sa plume appartient désormais à quiconque sait la payer ; mais malheur à celui qui n'ouvrira pas à propos sa bourse! fût-il prince, pape ou souverain, l'Arétin le poursuivra de ses venimeuses satires. Il a désormais un métier, une position ; bientôt il sera une puissance, d'autant plus redoutable qu'elle est fondée sur la bassesse et la vilenie. Il va de côté et d'autre, avec ses sonnets, cherchant des maîtres à encenser pour de l'argent; il reçoit des cadeaux à Bologne et à Pise ; le marquis de Mautoue le traite en gentilhomme ; la cour l'adore ; c'est à qui achètera ses vers. Son audace s'accrott avec son orgueil; il obtient une pension du pape Clément Vil ; mais une série de sonnets infâmes attire sur lui l'orage ; il est chassé de Rome, et va se réfugier auprès de Jean de Médicis, sur* nommé le Grand-DiabU, qui commandait les bandes noires pour François P'. L'Arétin est fort bien reçu de ce soudard, qu'il amuse ; il est bientôt en faveur auprès du roi de France, dont il reçoit des gratifications. Mais le Grand- Diable meurt d'une blessure ; l'Arétin en avait reçu une de son côté, moins noble qu'à la guerre; un gentilhomme bolonais, Achille délia Yolta, contre lequel il avait lancé

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