‹ Histoire des littératures étrangères (volume 2)Chapitre 67 sur 300 · CHAPITRE SEPTIÈME. 4n · texte numérisé non relu

CHAPITRE SEPTIÈME. 4n

seule est restée, et depuis longtemps il n'est plus question de gloire pour quelques succès littéraires si bassement conquis. A peine mort, sa tombe fut couverte d'épitaphes ëpigrammatiques, et Montaigne s'étonnait du bruit qu'il avait pu faire. < C'était une nature brutale et énergique^ ardente, sans choix et sans go&t, pleine d'un feu grossier; esprit inventif, mais à faux ; riche en mauvaises créations de mots hardis, en inutiles nouveautés d'images perdues, et en témérités dissonantes de langage ; prodigue de sel comique sans philosophie et de métaphores échevelées sans poésie*, i»

L'Arétin a fait école de mauvais goût et de préciosité ; de lui est sorti Marini, avec sa recherche ridicule de lan» gage hyperbolique, qui déteignit sur rhôteldeHambouiUet; il dit, par exemple, qu'il va < pécher dans le lac de sa mémoire avec rhameçon de sa pensée ; que l'on a jeté les bûches de la courtoisie dans le foyer brûlant de son ami-^ tié, etc. ». Molière aurait pu trouver dans ses écrits tout le vocabulaire des précieuses; Balzac et Voiture furent le dernier écho de son école.

Ce que l'on aurait peine à croire, et ce qui peint bien ane époque dénuée de sens moral, c'est que cette plume licencieuse se soit exercée aussi sur des sujets de piété. N'a-t-il pas écrit une Paraphrase des psaumes^ Y Humanité de Jiiut'Christ, la Vie de sainte Catherine, de la sainte Vierge, de saint Thomas d'Aquin ? N'a-t-il pas aspiré au chapeau de cardinal, lui, l'auteur des Strambotti, ou chansons bouffonnes, et des Capitoli burlesques; lui, le Rabelais italien, et qui l'a dépassé dans ce qui fait le charme de la canaille* sans l'égaler par la force de Timagination et du langage ?

* Philarète Chasles, Études sur Shahspeare et VArétin , p. 47(r.

428 LITTËRATUUE ITALIENNE.

Il est pourtant un genre où TArétin a déployé une certaine verve naturelle, quoique dénuée d*élévation et de moralité : c'est la comédie aristophanesque ; le comique en est bas, l'expression crue, les caractères faibles, mais il y a des scènes de franche gaieté qui rachètent ces défauts. De plus, il a fait une tragédie, VOrazia (Horace), qui est la meilleure de son siècle, et même la première en date du thé&tre italien; défectueuse sous le rapport du style, elle est bien conçue, largement dessinée, fidèle à l'histoire ; c'est le moins connu de ses ouvrages, et le seul peut-être qui mérite l'attention, qui lui laisse une ombre de gloire.

En parcourant l'histoire de la comédie au seizième sièele, nous avons encore quelques auteurs à nommer, mais pas un qui sorte de la ligne commune, de l'imitation ou de .l'imbroglio dans l'intrigue : telle était la mode du temps.

Dolce a imité Plante dans son Capitano {Miles ghriùtut) et son Marito (Amphitryon) : le Tond est ancien, et les détails modernes. — Parabosco a composé sept comédies en prose, et de plus la tragédie de Pragné. — Le Florentin Gelli (1498 1563), bonnetier de profession, devint à force de travail un des plus savants académiciens de sa patrie ; ses leçons sur Dante lui donnèrent une grande autorité comme critique et philologue. Ses deux comédies tErorre et la Sporta (Panier) sont tirées de Plante; mais il est plus original dans ses deux dialogues à la manière de Lucien : ce sont Circé et les Caprices du tonnelier; ils amusent par leur philosophie humoristique. — Gecchi, notaire de profession, est un des comiques les plus féconds du siècle : de ses nombreuses pièces, souvent improvisées en quelques

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