CHAPITRE VIII
SEIZIÈME SIÈCLE
Le drame pastoral. Sannazar : son Areadie. — Corregio. • - Beocari. ^ LoUio. — Argent!. — Gaarini : son Poster fido, Naissance du mélodiame et de l'opéra. — Bordi. — Corsi. — Rinucci : décadence du théâtre. » Les historiens. Paul JoTe. — Guicbardin : son BUt^t ^ItàHe, — Adriani. — Nardi. — Segni. — Varchi. — Ammirato. — Costanzo. — La Nouvelle : Morlino. — Granucd. — Firenznola. — Porto. — Giraldl. — Bandello. — Castiglione : son Courtisan. — Vasari. — BenTenuto Cellini -. ses Mémoires, — Les lettres asserries sous Cosme et François de Médids. — Râle futile des Académies. V Académie de la Crusca : son Dictionnaire. — Écrivains latins : Sadolet. — Frascator. — Vida : sa Poétique. — Baronius. — Bellarmin.
Dépourvue de vrai génie dramatique» Tltalie inventa le drame pastoral, qui lui appartient en propre; c'est im genre faux et maussade , né de la bucolique antique , une sorte de roman dialogué, adapté à la scène moyennant certains développements dans Faction et le nombre des personnages.
Depuis longtemps la poésie bucolique était en vogue : Sannazar (1458-1530) lui dut sa réputation et sa fortune; son Areadie lui attira les bienfaits des rois de Naples, et une villa charmante , où il cherchait à réaliser ses rêves champêtres. Il en fut chassé par la guerre, suivit en France, dans son exil, le roi Frédéric détrôné, et passa ses dernières années sur une des cimes du Yésuve. U Areadie est un roman pastoral en dialogue ; les scènes, au nombre de
douze, se terminent chacune par une églogue en vers; les personnages sont des bergers arcadiens, ce qui n'empêche pas Fauteur de se mettre lui-même en scène , et de raconter ses amours, les exploits de sa famille, les honneurs dont il a joui et les malheurs qui l'ont frappé ainsi que sa patrie. Si le cadre est antique, le senliment est moderne , et il ne manque ni de naturel ni de passion ; la poésie a du charme , mais arec un peu de prétention maniérée. Sannazar a aussi écrit beaucoup de sonnets et de canxonif où il suit les traces de Pétrarque arec élégance. Il s'adonna également à la poésie latine , et travailla vingt ans à un poème sur la sainte Vierge {de Partu Virginis), où on lui reproche d'avoir trop employé les réminiscences païennes.
Le dialogue pastoral monta bientôt sur la scène, et y prit place entre la tragédie et la comédie : ce fut un genre à part; les personnages , bergers, pêcheurs, bûcherons, campagnards de toute sorte, y revêtirent les passions, les sentiments, le langage conformes à leur état, mais le plus souvent avec tout l'esprit, le raffinement que l'auteur pouvait y mettre. Corregio, prince d'Esté, avait conaposé dans ce genre, à la fin du siècle dernier, CéphaU, en cinq actes, et les Amoun de Psyché, poème en mille sept cents octaves. Beccari fit représenter plus tard une pièce arcadienne, U Sagrifisio, faible d'intrigue et de composition. Neuf ans après, Lollio fit jouer à Ferrare son AréiMue, que suivit de près h Sfortunato d'Argenti. Le public prenait goût à ces pièces, encore informes et grossières; c'est sans doute ce qui porta le Tasse à écrire son Aminia, où il mit tout le charme et la grâce du génie. L'exemple était trop séduisant pour ne pas produire des imitateurs : il y en eut un bon nombre ; mais un seul sortit de la ligne