‹ Histoire des littératures étrangères (volume 2)Chapitre 73 sur 300 · CHAPITRE HUITIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE HUITIÈME

de Guichardin : eUe va- de 1536 à 1574, et se distingue par la franchise comme par la modération. — Jacopo Nardi (1496-1556) fut banni, comme Machiavel, de Florence, sa patrie, pour avoir appuyé le parti populaire contre les Médicis. Il se retira à Venise, et, dans sa vieillesse, il écrivit YHUMre de la vUle de Florence, de 1494 à 1531 : elle porte Teropreinte de ses rancunes politiques, et les Médicis n'y sont pas ménagés. — Cest dans le même esprit qu*est écrite Y Histoire florentine de 1527 à 1555 par Segni, ennemi des Médicis; il fut pourtant employé par Gosme de Médicis en plusieurs occasions importantes , mais sans perdre ses sympathies pour la liberté ; son histoire est l'expression de cette passion ardente, aussi ne put-elle être imprimée à Florence , même après sa mort ; elle fut publiée à Fribourg «: le style en est clair, étudié, et le récit combiné avec art. — Varchi (1502-1565) ne se montra pas aussi hostile au despotisme, quoiqu'il vise pourtant à une certaine indépendance. Gosme I** le chargea d'écrire l'histoire de la dernière révolution. Son Histoire de Florence embrasse une période de dix années ; elle a des qualités de style , mais elle manque de nerf et de chaleur, et 11 reste loin des maîtres anciens, Polybe et Tacite, qu'il avait pris pour modèles. Varchi était assez bon courtisan pour se servir des documents réunis par Gosme lui-même, et, quoiqu'il vise à une certaine impartialité, on ne peut croire à son complet désintéressement. Cet écrivain, membre de l'Académie florentme , a fait de nombreuses poésies, une comédie, des sonnets, des églogues, des rime, des capitoU dans le genre bemesque , des discours funèbres et académiques; il se modèle sur Pétrarque et le Tasse; s'il manque de force et d'invention, on ne peut lui refuser le mérite d'un style toujours élégant et correct. — Âmmirato (1531-

1601) est plus qu'un courtisan» c*est un familier de Gosme de Hédicis, qui le nomma son historiographe. Il écrivit, sous les yeux du prince, une Histoire de Florence depuis sa fondation jusqu'en 1538, et il recevait, de F Académie de la Grusca, le titre de Nouveau Tite-Live.: flatterie outrée, qui s'adressait moins à Técrivain qu'à son protecteur.

Florence, comme on le voit, est fertile en historiens, et elle a la bonne fortune d'avoir les meilleurs de l'Italie. Presque chaque ville avait aussi les siens; mais ils écrivaient en latin et sont pour la plupart oubliés. — Gostanzo (1507-1585) fait exception : son Histoire générale du royaume de Naples est un récit noble et grave, dont la marche est régulière et parsemée de solides réflexions. Nous ayons cité ailleurs Paruta, et mentionné sa belle Histoire de Venise, un des meilleurs ouvrages de ce siècle. Les Italiens«avaient devancé dans l'histoire tous les autres peuples de l'Europe : la France en était encore aux chroniques, aux mémoires; eux en étaient arrivés à l'histoire générale et philosophique, sous l'inspiration des écrivains de l'antiquité; les cours étrangères leur empruntaient même des narrateurs, des historiographes, avouant ainsi une infériorité qui, du reste, ne se prolongea pas longtemps.

Nous avons peu de chose à dire des conteurs en prose; ils sont loin de valoir les conteurs en vers, qui ont pris pour eux tous les charmes et les gr&ees de l'imagination* Le roman est à peu près nul dans ce siècle , mais la nouvelle est représentée par quelques écrivains qui ne manquent pas d'esprit : plusieurs suivent Boccace, d'autres cherchent à se frayer dés routes moins battues. On a des nouvelles de Morlino , de Granucci , de Firenzuola. Luigi da Porto a composé celle qui contient l'histoire si connue de Roméo et Juliette. Giraldi est auteur des Cent Nouvelles :

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