‹ Histoire des littératures étrangères (volume 2)Chapitre 74 sur 300 · CHAPITRE HUITIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE HUITIÈME

la décence y est observée beaucoup mieux que dans la plupart des récils de ce genre. Bandello, dans les siennes, yise à instruire le public : il attaque les abus, les scandales, les violences; il blâme tous les excès, toutes les erreurs, tous les vices, quelquefois un peu crûment, mais avec une franchise qui impose le respect, tout en conservant ane gaieté qui anime le discours; il s'occupe peu de l'art et du style , aussi n'a-t-il eu qu'une renommée éphémère.

Balthasar Gastiglione (1478-1529) s'est fait un nom par son Livre du Courtisan [Cortegiano) ^ dont le Tasse lui-même a fait l'éloge. Il était allié par sa mère aux Gonzague de Hantoue, et remplit diverses fonctions dans les armes et la diplomatie. C'était un homme de beUes manières, d'un esprit cultivé, fort recherché dans les cours. Envoyé par Clément yil auprès de Charles-Quint, l'empereur déclara Gastiglione l'un des cavaliers les plus accomplis du monde ; il le retint en Espagne et le fit évèque d'Avila. Le Courtisan, sous forme de dialogues, enseigne en fort beau style

l'art de se conduire à la cour, d'y conquérir et d'y conserver la faveur : il n'a plus maintenant qu'un attrait de curiosité rétrospective.

Yasari (1512-1574), peintre et architecte détalent, rendit moins de service à l'art par ses œuvres qu'en écrivant les Vies des meilleurs peintres, sculpteurs et architectes, depuis la Renaissance jusqu'à son temps : quoiqu'il y ait des erreurs de date et de nomenclature , ce livre n'en est pas moins précieux pour l'histoire des beaux-arts; le jugement est sain, quoique un peu partial pour les Florentins ses compatriotes ; on le consulte toujours avec fruit. Yasari, pauvre orphelin, soutien de cinq frères et sœurs, s'était formé presque seul, par l'énergie de la volonté et du travail, en

us LITTÉRATURE ITALIENNE.

copiant les œuvres de Michel-Ange, de Raphaël et des autres grands artistes.

Les Mémoires du célèbre artiste Benvenuto Gellini (1500> 1570) tiennent une place assez importante dans la littéra-^ ture italienne, tant par la yenre et l'entrain que par le naturel du style. On peut en soupçonner la véracité, car on y trouve une vantardise toute gasconne , et Ton sait que rhabile ciseleur ne brillait pas par la délicatesse de la conscience. Il prétendait avoir tué le connétable de Bourbon au siège de Rome, et pointé la pièce qui tua aussi le prince d'Orange. Ses œuvres d'art et d'orfèvrerie , pleines d'ima« :gination et de fougue, se payent aujourd'hui au poids de l'or.

Nous avons rendu justice aux Médicis, en montrant leur influence bienfaisante sur les lettres et les arts en Italie ; mais tous les membres de cette famille ne méritent pas le même honneur, et, vers la fin du seizième siècle, plusieurs d'entre eux contribuèrent à la décadence de la patrie commune. Gosme I* et François de Médicis furent de vrais tyrans, qui s'enrichirent par la confiscation et se maintinrent par la violence. Us sacrifièrent les intérêts de l'Italie à l'alliance de Gharles-Quint et de Philippe n. S'ils protégeaient encore les lettres, par goût ou par tradition de famille , c'était pour les asservir : la corruption était pour eux un moyen de puissance ; toute voix libre et fière était suspecte ; il fallait louer et flatter pour obtenir une ombre de faveur. Aussi la plupart des lettrés s'adonnentils à des futilités qui touchent au ridicule ; les académies dégénèrent en coteries ; elles dissertent sur des mots, elles 8*étendent sur des arguties puériles. Garo fait un long discours à l'honneur des grands nez ; il démontre que François I* devait sa grandeur à la longueur de son nez, et que.

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