CHAPITRE HUITIÈME
s'il fut battu à Pavie, c'est qu'il avait un empl&tre sur le nez, ce qui donna la victoire à la grande bouche de Gharles-Quint. Nous avons parlé de l'Académie des Humides : Cosme I*' se l'appropria pour en faire rAcadémie Florentine, et plaça les séances dans son propre palais; c'était un moyen de lui imposer ses volontés et d'en
écarter toute discussion libre; elle ;dut se limiter aux minuties du langage. Une foule d'autres académies surgirent dont les noms seuls indiquent les futiles préoccupations; il y eut les Académies des Élevés, des Obscurs, des Immobiles, des Gelés, des Enflammés, des Altérés, des Fantasques, des Étourdis, des Grossiers, des Éthérés, des Oisifs, etc. Chaque membre prenait un nom analogue au titre de la compagnie. L'Académie de la Crutca, la seule qui ait traversé les siècles et se soit formé une gloire durable, avait à son origine les mêmes ridicules ; elle employa quarante années à débattre ses règlements et son titre; elle entendit les éloges de la salade et du concombre ; elle disserta sur l'antériorité de Toeuf ou de la poule. En fait de purisme, elle fut absolue, exclusive; Salviati, qui en était comme l'arbitre , et qui y figurait sous le nom de V Enfariné, ne connaissait d'autre prose que celle de Boccace; il fut impitoyable pour le Tasse. La Crutca fit prévaloir le dialecte toscan sur tous les autres dialectes italiens; elle contribua à fixer la langue par la création de son Dictionnaire : c'est son meilleur titre à la gloire^ Napoléon consacra son importance en la reconstituant en 1811. Les écrivains qui préfèrent dans ce siècle la langue latine à l'idiome national ne peuvent guère nous arrêter, quoique plusieurs d'entre eux méritent l'attention. Sadolet, secrétaire de Léon X et évêque de Carpentras, était un cicëronien comme Bembo. Frascator, médecin et poëtc , a
laissé des poésies estimées. Mais le premier poète latin du siècle est Vida* auteur d'un Art poétique que Scaliger préfère à celui d*Horace ; la méthode, la précision, le goût y brillent dans toutes les parties. Il n*y a pas moins d'habileté et de difficultés vaincues dans ses autres poèmes : les Vers a soie, les Échecs, la Christiade, dont Milton a imité plusieurs passages ; les hymnes, les odes, les églogues.
En prose latine, les Annales ecclésiastiques de Baronius (1538-1607) se distinguent par l'immensité des recherches; elles lui coûtèrent vingt-sept années de travail et prouvent une vaste érudition. Baronius était bibliothécaire du Vatican, cardinal, et faillit deux fois arriver à la tiare. Son Martyrologe romain est orné de savants commentaires.
Le cardinal Bellarmin (1542-1621) fut aussi bibliothécaire du Vatican, après avoir prêché et enseigné avec un grand succès dans plusieurs villes d'Italie. Il fut un des plus redoutables adversaires de la doctrine protestante, et écrivit contre elle ses célèbres Controverses ^ qui brillent autant par la clarté et Timagination que par la force du raisonnement et la modération des idées.