‹ Histoire des littératures étrangères (volume 2)Chapitre 78 sur 300 · CHAPITRE NEUVIÈME. U · texte numérisé non relu

CHAPITRE NEUVIÈME. U

ignorant érudit, guerrier sans armes, parleur muet, riche mendiant; erreur agréable, douleur désirée, paix guerrière et calme orageux, le cœur le sent et Fâme ne le comprend pas... etc. >

Le genre de Marini ne fut pourtant pas accepté sans résistaDce; il amena de violentes polémiques, des injures et des coups; mais il finit par s'imposer, par régner en maître, et Marini fut pendant tout ce siècle un modèle classique. L'Espagne l'imita, le dépassa même : Gongora procède de lui. En France, il conserva longtemps des ad-* mirateurs. Richelieu récompensa richement une canzone composée , à l'occasion de la naissance du Dauphin , par Achillini, disciple de Marini. Un madrigal de cet Achillini peut nous donner une idée des sublimes platitudes qui étaient alors en vogue.

c Je vois mon Lesbin avec la fleur des fleurs à la main ; je respire la fleur, je soupire pour le pasteur; la fleur soupire des odeurs, Lesbin respire des ardeurs ; j'adore la fleur de l'une, j'adore Tardeur de l'autre; odorant et adorant en même temps, je sens par Todeur et par l'ardeur la glace et le tourment. >

Marini eut de nombreux imitateurs, qui trouvèrent le moyen d'enchérir encore sur ses défauts, et malgré la réaction qui se produisit plus tard contre cette contagion du mauvais goût, il en est resté des traces jusqu'à nos jours dans la poésie italienne, tant l'esprit public en fut profondément infecté. Mais il est quelques poètes qui eurent assez de sens pour résister au torrent : le principal estChiabrera (1552-1637), auteur de cinq épopées dans le genre de TArioste, moins estimées que ses poésies lyriques, qui ont fait de lui un chef d'école. Il n'est pourtant au fond qu'un imitateur de Pindare et d'Horace, dont

ISO LITTÉRATURE ITALIENNE.

il s'efforce de reproduire le rbytbme et les formes poétiques; mais comme notre Ronsard , arec lequel il a plus d*un rapport, il pindarise à froid, il calque ses modèles, il est novateur de parti pris; comme son compatriote Colomb, il disait qu'il voulait trouver un nouveau monde, ou se noyer. Il réussit à donner à la strophe lyrique un ton solennel et pompeux, une dignité soutenue, mais trop apprêtée ; pourtant il trouva des accents personnels et une verve plus originale en célébrant les victoires remportées par les chrétiens contre les Turcs. Ce qui lui réussit le mieux, c'est Tode anacréontique, gracieux badinage qui lui était plus naturel que la trompette pindarlque.

Plusieurs critiques italiens, entre autres Leopardi, placent Testi (1593^1646) au-dessus de Chiabrera, comme étant plus. simple, plus naturel, et d'un vol moins ambitieux. Disciple d'Horace, il en a parfois le tour libre et ingénieux, mais non le goût ferme et pur. U mourut dans une prison où l'avait fait enfermer le duc de Modène, pour avoir correspondu secrètement, dit-on, avec Mazarin. — Redi (1626*1697), célèbre comme naturaliste, cultiva les muses avec succès; ses sonnets sont remarquables, et son dithyrambe sur Bactkui est composé avec beaucoup d'art et d'esprit. — Guidi (1650-1712) tient un rang des plus honorables après Gbiabrera; mais s'il a un mérite réel, il s'en croyait bien plus encore et n'hésitait pas à se ranger près de Pindare. Il célèbre les grands personnages du temps, notamment Christine de Suède, qui s'était retirée à Rome depuis son abdication, et se plaisait à protéger les lettres. Le drame pastoral û'EfUljfmian, de Guidi , fut composé sous rinspiratioB de cette princesse. Sa tragédie d*AmalaimUe a trop d'enflure pour être naturelle.

Christine, dont le goût n'était pas infaillible , voyait un

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