‹ Histoire des littératures étrangères (volume 2)Chapitre 80 sur 300 · CHAPITRE NEUVIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE NEUVIÈME

rique, c'était se donner une tftche facile, mais il fallait y mettre plus d'esprit, de finesse, et surtout de brièveté ; de telles farces peuvent amuser un instant, mais les prolonger pendant treize chants, c'est abuser de la patience du lecteur. Ce qui prouve à quel degré de futilité les esprits étaient descendus, c'est la discussion longue et acharnée qui s'engagea entre les partis littéraires pour décider quel était, de Tassoni ou de Bracciolini, l'inventeur du genre héroï-comique : on finit par convenir que ce dernier avait le premier publié son poème, mais que la composition de l'autre lui était antérieure. Du reste, chacun d'eux était bien l'inventeur de son sujet, et quant au talent, Bracciolini reste bien inférieur à son rival. Il avait essayé aussi de lutter avec le Tasse dans une épopée héroïque, la Croix reconquise, toujours sans plus de succès.

Les Florentins prisent assez deux autres poèmes badins, le MalmaïUile de Lippi, et la VkilU Tour désolée de Minucci, écrits dans le dialecte populaire de la Toscane, et loués pour cette raison par l'Académie de la Grusca ; mais ce mérite purement local ne peut les relever à nos yeux, non plus qu'à ceux des Italiens qui ne peuvent comprendre ce bas langage qu'à l'aide d'un commentaire. Il faut rattacher au même genre burlesque Y Enéide travestie de Lalli, qui amusa plus 4^ lecteurs en Italie que chez nous celle de Scarron.

Les querelles littéraires et les rivalités personnelles devaient produire la satire, genre qui demande un esprit élevé, indépendant et ferme, pour rester dans les bornes des convenances, et atteindre en même temps le vice ou le ridicule, quelque part qu'il se cache. Nous ne trouvons point ce phénix au dix-septième siècle. La plupart des satiriques se bornent à effleurer leurs sujets, et ne savent pas

le relever par rindignation vertueuse et la noblesse du langage. Boccalini pourtant, dans ses Nouvelles du Pâmasse, suivies de la Pierre de touche, cite avec une certaine hardiesse devant le tribunal d'Apollon les princes, les guerriers et les écrivains, et leur dit de dures vérités. Allegri tourne en ridicule le pédantisme de certains auteurs dans des lettres comiques et piquantes adressées à Dante et à Bembo : il manie avec esprit le genre facétieux et burlesque. Les Guerres du Parnasse d'Errico ont trait aux querelles littéraires du temps. Ses attaques portent principalement contre Marini et les poêles espagnols. Adimari, réservé en général dans ses satires, se montre injuste et violent dans les deux qu'il adresse aux femmes : ce sont de longues déclamations qui fatiguent en dépassant le but.

Menzini (1646-1704) sort de la ligne commune : il n'a pas sans doute dans la satire Y esprit de candeur que voulait Boileau, mais il a quelque chose du fouet sanglant de Juvénal ; seulement il a trop en vue ses ennemis personnels et le désir d'exercer une vengeance. Pour échapper aux représailles, il a soin d'envelopper ses attaques d'idiotismes populaires et de locutions dantesques qui fatiguent le lecteur. Disciple de Chiabrera dans le genr« lyrique, il n'est guère inférieur à son modèle.

Salvator Rosa (1615-1675) quittait par ipoments son pinceau, si hardi, si énergique, pour attaquer dans de vives satires les corrupteurs du goût et des mœurs ; on y reconnaît le peintre des combats, des brigands et des sites sauvages : il dessine hardiment et vise à l'effet, sans s'inquiéter du fini ni de la grâce. C'est un improvisateur plutôt qu'un écrivain, et tout en prenant à partie le mauvais goût des marinistes, il est lui-même auteur médiocre ; il manque de noblesse, de mesure et de clarté ; il fait éta-

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