‹ Histoire des littératures étrangères (volume 2)Chapitre 84 sur 300 · CHAPITRE DIXIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE DIXIÈME

prendre son autonomie. Le duc de Savoie seul joua sa couronne en se jetant dans les bras de l'Autriche ; il y gagna, par le traité d'Utrecht, le titre de roi, objet de son ambition, et base de la future grandeur de sa dynastie. Dans cette guerre sanglante, qui faillit emporter la monarchie de Louis XIV, Tltalie vit les exploits de Mariborough et du prince Eugène, contre-balancés par ceux de Gatinat et de Vendôme; nous eûmes ensuite à subir les échecs successifs de Yilleroi, de Marsin et de la Feuillade. Charles VI resta maître du Milanais, de Naples et de la Sicile; la Sardaigne passa à la Savoie. C'était la domination autrichienne substituée à celle de TEspagne : c'était le retour de l'élément tudesque, toujours délesté des Italiens; et un peu plus lard, quand la Toscane vit s'éteindre la famille dégénérée des Médicis (1737), ce fut François de Lorraine, époux de Marie-Thérèse, qui devint maître de la capitale intellectuelle de l'Italie. Ce prince n'y résida guère, mais son fils Léopold y exerça un pouvoir bienraisant et libéral; il réforma l'administration, favorisa l'étude des sciences et celle des lettres, et fit faire une édition des classiques italiens, dont plusieurs étaient jusque-là prohibés par la sévérité de la censure.

Les États de l'Église jouirent d'une paix profonde pendant tout le siècle, jusqu'au moment où les orages de la Révolution française et les conquêtes de Bonaparte arrachèrent Pie VI de son siège. Les papes se distinguèrent par leur prudence, leur sagesse pleine de fermeté, leur zèle pour le bien public et celui de la chrétienté. Il suffit de nommer Innocent XUI, Benoit XIV, Ciément Xin et Pie VI pour rappeler que l'Église était dignement représentée par ses pontifes. L'Université de Bologne continua de fleurir sous leurs auspices.

Le royaume des Deux*Siciles avait trouvé une prospérité nouvelle et croissante sous le règne d*un prince actif, énergique, Charles IV, qui, devenu roi d*Espagne, laissa le pouvoir entre les mains d'un faible successeur, Ferdinand lY. Venise, déchue de son antique puissance depuis les conquêtes des Turcs, s'endormait dans la molle oisiveté de ses lagunes, et cherchait à se faire oublier en s*effaçant de plus en plus ; le peuple ne songeait qu'au plaisir, et son théâtre était le plus brillant de l'Italie. Son Université de Padoue continuait de s'illustrer par les travaux des sciences.

Ce qui manquait à lltalie, c'était un centre d'action, un grand intérêt social, capable de la réveiller de son engourdissement séculaire. Nation éclairée, intelligente, admirablement douée pour les arts, il lui eût fallu l'action pour mettre en œuvre ses brillantes facultés : les grands hommes ont besoin d'une occasion pour naître. Les Italiens avaient conscience de leur épuisement, de leur faiblesse; aussi firent-ils de louables efforts pour en sortir. La France, qui avait autrefois reçu d'eux des modèles, leur en offrait à son tour ; ils eurent le bon esprit de ne pas les dédaigner. Le grand siècle de Louis XIV rayonnait alors sur toute l'Europe; la forme régulière et classique de ses chefsd'œuvre contrastait singulièrement avec les futilités littéraires qui avaient cours au delà des monts; les bons esprits devaient s'attacher à ces modèles, qui les dégoûtaient de plus en plus des phrases vides et sonores dont on les avait bercés. Le français devint à la mode dans les classes lettrées ; on imita nos auteurs jusque dans les tournures et le style, et les puristes firent la guerre aux novateurs au nom de la langue outragée ; mais la vogue était aux idées nouvelles, importées par les écrivains français»

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