‹ Histoire des littératures étrangères (volume 2)Chapitre 85 sur 300 · CHAPITRE DIXIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE DIXIÈME

et ridée finit toujours par être maîtresse de la forme. C'est surtout dans la science et la philosophie que se fit sentir l'influence française : mais elle s'exerça aussi notablement dans l'art dramatique ; quant à la poésie, si elle se dégage des entraves du genre marinesque, ce n'est pas pour trouver de bien hautes inspirations : elle rampe toujours dans les sentiers de la routine ou subit les entraves des coteries académiques.

Il faut rendre cette justice à la Crusca qu'elle s'opposa vivement à l'école prétentieuse du cavalier Marin, tandis qu'à Rome celle-ci trouvait de chauds partisans dans l'Académie des Humoristes. Ce fut pourtant de Rome que partit le signal de la révolte contre cette tyrannie du mauvais goût; elle naquit au sein d'une réunion nouvelle qui prit le nom à'Arcadie romaine, ou Académie des Arcades (1690). Ce groupe littéraire comptait d'abord quatorze poètes, dont les plus connus sont Zappi, Gravina et Grescimbeni. Comme ils se réunissaient en plein air, à. la campagne, sous les ombrages, pour se faire leurs confidences poétiques, Cres« cimbeni trouvaqu'ils représentaient bien l'Arcadie antique, et de là sortit l'académie nouvelle, qui a eu la bonne fortune de survivre à tant d'autres. Elle obtint tout d'abord la protection de Christine de Suède, qui prêta son palais aux séances. Les femmes y étaient admises ; on y prenait un nom grec, consacré par la pastorale antique ; mais en qualité de république, elle ne voulait ni directeur ni président : l'Enfant Jésus fut proclamé chef de l'Arcadie. Cela n'empêcha pas la discorde d'éclater tout d'abord entre deux rivaux, Gravina et Crescimbeni. Ce dernier resta maître de la place, et ce fut un malheur, car avec ses idées étroites il ne pouvait mener à bien une réforme ; il se contenta de prendre Gostanzo pour modèle en poésie, m. 44

au lieu de s'attacher aux grands génies créateurs. L'Académie Mes Arcades prit en peu de temps un développement considérable; elle eut partout des représentants, des colonies; tous les rimeurs voulurent y être admis, et elle compta bientôt jusqu'à treize cents associés, <im purent se flatter de devenir immortels, car Grescimbeni publia leurs poésies en un recueil, et compléta leur gloire en citant chacun d'eux dans son Histoire des Arcades, €'est au Capitole que siège aujourd'hui la docte académie, et ses archives se grossissent sans cesse de productions nouvelles.

À l'origine, les Arcades rendirent un vrai service aux lettres en les purgeant des extravagances de l'école marinesque ; elles ramenèrent la poésie à des formes plus simples, plus naturelles ; le style gagna en élégance et en correction, sinon en originalité. Hais elle se renferma dans les voies étroites de la pastorale, genre condamné à devenir monotone et fastidieux en se répétant lui-même; l'Italie fut inondée d'églogues, d'idylles, de sonnets et d'odes anacréon tiques, imitations perpétuelles d'un genre usé, véritable friperie littéraire. Quel ennuyeux et long catalogue il nous faudrait faire, si nous voulions énumérer tous ces poètes, un moment célèbres dans le cercle étroit de leurs admirateurs, et ensevelis aujourd'hui dans l'oubli ! Quelques noms suffiront pour donner une idée du reste. . Lemene (1639-1704) est un des premiers par ordre de date, mais non de talent, car il y a bien de la puérilité et de la fadeur dans les petites pièces où il décrit les jeux des enfants, ceui^ des bergers et des nymphes ; son ingénuité est affectée, sa gr&ce peu naturelle. H n'est pas beau- «coup meilleur quand il aborde, dans sa vieillesse, des su- Jets plus élevés, et qu'il chante la divinité et ses mystères.

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