CHAPITRE D.IXIËME
Zappi (1667-1719) fat de ces Arcadiens qui ramenèrent la pastorale sur les traces du Tasse et de Guarlni • sans être original, il a du moins dans ses tableaux de la 'grâce et de la vivacité ; mais on préférerait un peu de sentiment à ce badinage spirituel et maniéré dont sont rempUes ses églogues et ses eanzoni.
Cotta se rapproche de Lemene dans ses poésies reUgieuses. Dio, «mnetti ed inni; il le sui-passe même par la noblesse et l'élévation dans les idées comme dans le style -- RoUi est placé à côté de Chiabrerapar les critiques ita- Uens; Anacréon est son modèle; il en avait traduit les ode$, ainsi que le Paradù perdu de Milton. - Savioli suit une marche analogue, et tire quelques sons nouveaux de la lyre anacréontique.-Cassiani fut l'idole de son époque par ses sonnets nettement dessinés, ornés d'un vif coloris et de brillantes images. - Il eut un rival dans Minzoni qui, en voulant le surpasser, va quelquefois au delà dû but et tombe dans l'exagération. - Pantoni cherche à remettre en honneur l'ode d'Horace, et réussit à se rap procher du poète latin, mais aux dépens de son originalité personnelle; il se rachète un peu en prenant souvent des sujets nationaux pour objets de ses chants.
Mais le lyrique le plus abondant, le plus admiré de cette période est sans contredit Prugoni de Gênes (1692-1778)professeur de rhétorique, il devint le poftte en titre de là cour de Parme, et le directeur des spectacles; il improvisait des vers pour toutes les circonstances officielles et jamais sa fécondité n'était en défaut : odes, sonnets, églogues, épitres, poèmes, pièces mélodramatiques, tout lui coulait de source, avec une fluidité de veine inépuisable n voulait affranchir la poésie du joug de l'imitaUon et prendre un essor inconnu avant lui ; a innova par le fond
comme par la forme, empruntant aux sciences des images hardies, des métaphores inusitées, et employant le vers idolio avec une grande habileté. Ces efforts, souvent heu* reux, eurent un succès plus brillant que durable, car ses qualités sont noyées dans de nombreux défauts : emphase du ton, surabondance d'ornements et de couleurs, descriptions interminables, négligence dans le style. Frugoni éblouit et fatigue ; on lui voudrait plus d'idées et moins de phrases, et l'on se rappelle involontairement le précepte de Boileau :
Qui ne sut se borner ne sut jamais écrire.
Malheureusement il fit école, et ses nombreux imita* teurs, comme cela arrive toujours, exagérèrent ses défauts sans avoir ses qualités : ils tombèrent dans le vide et l'enflure ; Mazza fait exception ; il excelle à revêtir les idées métaphysiques d'images sensibles et pittoresques : après l'abondance verbeuse de Frugoni, on aime à lire des vers où la pensée n'est pas toujours sacrifiée à la forme.
L'imitation* c'est le mal incurable de toute cette poésie de seconde main, c'est le cachet fatal de son impuissance. Les Arcadiens s'étaient heurtés à toutes les bornes de leur horizon poétique ; n'ayant plus rien à emprunter à Théocrite, à Anacréon, à Virgile, il fallait chercher ailleurs l'inspiration qu'pn ne pouvait trouver en soi-même; c'est ce qui porta Yarano (1705-1788) à revenir aux grands maîtres de la poésie nationale.
Dans sa jeunesse, il avait pétrarquisé par des sonnets amoureux, dont la fadeur lui fit honte A lui-même; un courant d'idées plus mûres, plus viriles s'empara de lui, et le ramena aux sévères beautés de Dante, qui paraissaient neuves à force d'avoir été oubliées. Voulant réagir