CHAPITRE DIXIÈME
contre le philosophisme impie de Voltaire, dont les idées se propageaient en Italie, il composa ses l^ithm sacrées et mrales, sur le modèle du Paradis de Dante, afin de démontrer que la pensée chrétienne est la source de la grande et vraie poésie. Hais Dante avait donné cette preuve beaucoup mieux qu'il ne pouvait le faire lui«méme ; pourtant Varano ne fut point un appui inutile à cette thèse que les romantiques ont renouvelée depuis avec plus de bonheur encore ; il y a chez lui une certaine force un peu rude qui rappelle le génie dantesque, et ses admirateurs rappelèrent Vunique. Il reçut même les éloges de Frugoni, qui savait être juste pour un genre de beauté si différent du sien.
A défaut d'inspiration épique, ce qui était au-dessus de ses forces, l'Italie eut .alors quelques poèmes narratifs, didactiques, et des traductions; c*est ainsi que Césarotti (1730-1808), homme très-savant, professeur distingué, pensionné plus tard par Napoléon, fit connaître à son pays les poèmes d*Ossian, d'après Hacpherson. C'était un moyen de le distraire un peu des fadeurs en vogue, en l'initiant au génie sombre et nuageux des contrées du Nord; la nouveauté et le contraste produisirent leur efiTet, mais il ne fut pas de longue durée ; les Italiens préféraient leur ciel d'azur à la nébuleuse atmosphère de l'Ecosse. Césarotti s'attacha alors à V Iliade d'Homère, mais pour la refaire à sa façon, retranchant, ajoutant, transformant d'après son goût les héros, les dieux, les . caractères et le style, et changeant même le titre pour appeler ce poème la Mwrt dHeelor. Il est vrai qu'il donnait en même temp du poème homérique une traduction en prose très-exacte, avec notes et critique, comme pour détourner l'orage qu'il pressentait ; cela ne l'empêcha pas d'éclater. Il n'y eut qu'une voix contre cette tentative sacrilège, qui défi-
gurait un chef-d'œuvre vénéré des siècles; on lui reprochait justement d'avoir c substitué la politesse à l'éloquence, l'étiquette à l'imagination, et revêtu le colosse du justaucorps et de la perruque de son temps». .
L'épopée héroï-comique, illustrée par Pulci, l'Arioste et Bemi, réussissait mieux aux Italiens; ils aiment ce mé« lange de sérieux et de burlesque, ces caprices bizarres de l'imagination. — Forteguerra (1674-1735) y réussit comme ses prédécesseurs dans son Ricdardetto (Richardet), dont les aventures font suite à celles du Roland furieux ; les mêmes personnages y reparaissent : Roland, Olivier, Renaud, Astolfe ; mais la fable est nouvelle ; les incidents, les exploits, les épisodes étonnent et amusent par leur bizarrerie, et le récit est parsemé de descriptions, de bons mots, de proverbes facétieux qui font oublier ce que le style a de négligé et de traînant. Quoique compliqué, le poème est conduit avec art et satisfait complètement aux règles du goût que le genre comporte.
Le poème didactique, si cher au dix-huitième siècle, qui avait la prétention d'être sérieux, trouva quelques interprètes de talent. Betti mit en quatre chants la Culiure des verê à soie, déjà traitée en latin par Vida, et en italien par Tesauro. Zampieri, dans son Tobhia, donna des préceptes d'éducation, qui n'ont rien de commun avec Y Emile de Rousseau, car il prend la religion pour base. Barotti, qui était prêtre, fit de bons sermons (Lexioni sacre), et composa des poèmes sur la Physique, le Café et YOrigine des fontaines, Spolverini, en célébrant en cinq mille vers la Culture du rix, releva la sécheresse du sujet par de nom* breux épisodes qui donnent de la vie à ses tableaux.
Faire de la fable ésopique une épopée en vingt-six chants, c'était une entreprise aussi hardie que téméraire : c'est