‹ Histoire des littératures étrangères (volume 2)Chapitre 88 sur 300 · CHAPITRE DIXIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE DIXIÈME

pourtant ce que fit J. B. Casti (1721-1803), avec une liberté qui tombe dans la licence, et qui n*est pas rachetée, comme chez Boccace, par la finesse du goût et les charmes du style. Ce poème, ingénieux et satirique, mais prolixe et négligé, a pour titre : Us Animaux parlants : c*est une allégorie satirique de la vie des cours. Les animaux, constitués en société, choisissent pour roi Lion I*', qui gouverne avec justice et sagesse ; mais, à sa mort, il y a une régence, celle de la lionne-mère, puis le règne de son fils, Lion II, qui devient un tyran vicieux et cruel ; alors se croisent les intrigues, les menées, les incidents de la vie diplomatique et militaire, l'ambition des chefs, les rivalités des partis, toutes les passions qui s'agitent autour des princes, et qui compromettent leur pouvoir aussi bien que le bonheur du peuple. Un souffle voltairien circule dans ces pages hardies, souvent cyniques, et caractérise bien une époque où se préparait l'élément révolutionnaire. Pourtant Casti mettait ses talents au service des cours, et y cherchait la faveur par d'assez plates adulations; d'abord attaché au doc de Toscane, il passa en Allemagne, amusa Joseph II par ses bouffonneries poétiques, et fut nommé poète impérial (poeta eesareo) à la mort de Métastase. Il se rendit ensuite en Russie à la suite d'une ambassade, et Catherine II loi fît bon accueil, ce qui n'empêcha pas Casti de se moquer de la Gzarine et de sa cour dans son Poëme iartare, composé pour plaire à l'Empereur à un moment où la guerre était déclarée entre la Russie et l'Autriche. Quand la paix se fit entre les deux puissances, Joseph II sacrifia son poète, qui dut quitter la cour, et s'honora du moins en refusant de continuer à toucher ses appointements : il mourut pauvre à Paris. On a encore de lui une parodie comique de la conjuration de Catilina, et deux opéras

bouffons» la Grotte de Trofmio et le Roi Théodore, d'une

assez vive gaieté.

Dans la fable proprement dite, le jésuite Roberti a une certaine originalité d'invention, mais pas assez de naturel dans le style. — L'abbé Passeroni suit les bons modèles de l'antiquité, en y ajoutant la naïveté et l'enjouement de l'esprit moderne. — Pignotti, agréable et ingénieux écrivain, donne à ses fables la forme de petites nouvelles, et altère un peu le caractère du genre; il a fait aussi quelques belles odes, et un poôme badin en dix chants, la Trecehia donata, imitée de la Boucle de cheveux enlevée de Pope.

Avec Parini (1729-1799), la poésie italienne commencée secouer sa torpeur, à sortir des sentiers battus, des fadeurs pastorales qu'elle répétait depuis des siècles : elle rentre enfin dans la voie de la vérité, et retrouve des accents virils depuis longtemps inconnus. Déjà le bon et modeste Passeroni s'était insurgé contre les éternels pipeaux des bergers arcadiens, en déclarant que les agneaux avaient assez bêlé, et qu'on ne voulait plus des brebis, des chèvres ni des bœufs, non plus que des soupirs des bergères. Parini aborda, dans ses odes, les sentiments sérieux et pratiques,, sans pouvoir se défendre d'un peu de déclamation ; mais il trouva une veine plus originale et plus sûre dans la satire. Pauvre et sorti du peuple, il passa plusieurs années en qualité de précepteur dans de nobles familles, et put observer de près la vie futile, les mœurs corrompues, l'ignorance et la morgue de cette noblesse qui rampait aux pieds des princes, uniquement occupée de ses plaisirs. En peignant une Journée (Giorno) de cette existence aristocratique, Parini en embrassa le cercle entier : ce fut le sujet de son poème ; il le divise en quatre parties : la Matinée, Midi, le Soir, la Nuit; le tableau est ainsi complet. Sous

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