‹ Histoire des littératures étrangères (volume 2)Chapitre 89 sur 300 · CHAPITRE DIXIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE DIXIÈME

prétexte d'enseigner à un jeune noble les devoirs qu'il a à remplir, les usages de la haute société, il décrit, avec une ironie piquante, une gravité pleine de finesse, exempte d'invectives et de déclamations, les occupations journalières auxquelles il doit s'assujettir, la toilette, les visites, les repas, les promenades, les réunions de société, les jeux, les spectacles : c'est la vie du monde élégant et riche, dans le vide pompeux de son oisive élégance et de ses mœurs relâchées. Quelques épisodes, disposés avec art, relèvent Tintérët de ces peintures, même quand ils ont une source mythologique. Tout cela est neuf et piquant, bien ordonné, bien choisi, orné d'un style revêtu d'images et d'élégance, et l'ouvrage produisit d'autant pl^s d'effet que chacun pouvait y saisir la finesse du trait et la vérité expressivedes situations. Le style même sortait des sentiers battus : le vers iciolto y prenait une harmonie, une souplesse, une variété inconnues, qui obtenaient l'admiration de Frugoni lui-même, passé maître dans cet art. Il est vrai qu'il excita aussi de violents murmures, et même des tentatives de vengeance. Le duc de Belgiojoso, qui se crut désigné par quelques traits, fit assaillir l'auteur à coups de bÂton. Heureusement que le comte Firmian, gouverneur du Milanais, le prit hautement sous sa protection ; il lui confia une chaire de belles-lettres, avec la direction de la Gazette ojfiàelle. Par ses mœurs sévères et son caractère élevé, Parini avait le droit de faire la leçon à ses concitoyens : il l'appuyait ainsi du poids de ses vertus personnelles, et l'estime publique l'en récompensa.

Un chimiste sicilien, Giovanni Meli (1740-1815), a reproduit, sur le sol même où avait vécu Théocrite, toute la gr&ce et la naïve simplicité de ce poète, en chantant comme lui les bergers et les pêcheurs ; mais il a employé le dia-

lecte sicilien y bornant sa gloire aux frontières de son sol natal. Cependant il y a tant de douceur et d'éclat dans cet idiome local» tant de naturel et de vive inspiration dans les vers du poète, que l'Italie s'est approprié ses œuvres avec un juste orgueil, d'autant plus que du sicilien au toscan, la différence est beaucoup moindre qu'on pourrait le croire. Méli était né poète ; à vingt ans, il composa un poème comique, dans le genre bernesque, la Fit galante, puis un Dan Qukhotu, qu'il présentait, avec un peu de présomption, comme un complément de celui de Cervantes; son troisième ouvrage, V Origine du monde, est une revue satirique, originale, des divers systèmes inventés par les philosophes ^ur cette matière. Enfin il s'exerça dans l'ode, la satire, l'élégie, la fable ; mais il excella surtout dans la poésie anacréontique et la pastorale, et y dépassa tous ses prédécesseurs, sans excepter le Tasse et Guarini, par le sentiment profond de la vérité et le charme du naturel ; aucune traduction ne peut donner une idée de la grâce exquise qu'il a déployée dans ces œuvres.

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