LE THÉÂTRE AU DIX-HUITIÈME SIÈCLE
L*opéra : le musicien et le poète. Stampiglia. Apostolo Zeno. — Métastase : sa vie et ses œa^res. ^ La comédie : GigU. — Fragoioli et Chîari. — LiTeri. — Martelli. — Maffei. — Riccoboni : son séjour en France. — Goldoni : sa réforme dans la comédie; sa riTalité avec Gozzi : il passe en Fraoce. — Gozzi et ses pièces féeriques. — Albergati. — Le drame : Avelloni. — Federici. — Rossi. — La tragédie ; Delfino. — Caraccio. — Martelli. — Maffei : sa Mérope. — Alfieri : sa biographie, diaprés lui-même ; ses voyages, ses lectures, ses études. Ses deux traités : De la tyrannie, le Prince et les Lettres. Le Miso^ gallo. Ses tragédies : qualités et défauts de son système. — Pepoli. — Pindemonte.
L'opéra y ou, pour parler comme les Italiens, le mélodrame, appartient à deux arts distincts, mais réunis en une même composition et s'appuyant l'un par l'autre: l'art dramatique et l'art musical. La musique, en produisant plus d'effet sur le spectateur, fait le plus souvent oublier ou négliger les paroles ; Figaro est donc dans le vrai , quand il dit finement : c Ce qui ne vaut pas la peine d'être dit, on le chante. » Le poète, ainsi étouffé sous le musicien, n'est que trop porté à négliger le côté littéraire de son œuvre , sachant d'avance que la gloire , s'il y a succès, ne sera pas pour lui, mais pour le compositeur. De nos jours, où l'art musical a atteint une si grande perfection, ce résultat s'impose presque généralement; il était déjà sensible au dix-huitième siècle , époque où la musique, moins développée, avait plus besoin d'être soutenue
par le talent du poète. Réunir les deux éléments dans de justes proportions» les faire concourir au succès d'une œuvre unique, capable de charmer à la fois Tesprit, les oreilles et les yeux, tel était le but à atteindre; ce fut rœuvre de l'Italie , de ses poètes et de ses artistes au dixhuitième siècle , et c'est ce qui a immortalisé le nom de Métastase.
Déjà Stampiglia avait fait des efforts pour relever la poésie mélodramatique , en l'arrachant aux caprices dominateurs des musiciens ; il y mit plus de régularité et de vraisemblance» et il fraya la route àApostolo Zeno» qui était à la fois historiographe de la cour de Vienne et poète impérial. Zeno emprunta ses sujets à l'antiquité, en prenant souvent pour modèles les tragiques français, dont les œuvres étaient connues de toute l'Europe : Ipkigénie, Andramaque, Métope, Fabridus, MiihridaU, etc.; il ne composa pas moins de soixante opéras. Le progrès était sensible; la scène prenait de la simplicité, de la noblesse, sans arriver encore au pathétique ni à la fusion complète avec l'élément musical, qui était dominé par le poème tragique.
C'est alors que parut Métastase (1698-1782), pour recueillir la succession de Zeno à la cour de Vienne. Son véritable nom était Trapassi, et sa famille voulait en faire un orfèvre; Gravina, qui avait remarqué en lui une facilité étonnante pour improviser des vers, prit soin de son éducation , et lui fit changer son nom de Trapassi en celui de Métastase, tiré du grec et ayant la même signification; il fit plus , il lui légua en mourant sa fortune. Métastase l'eut bientôt dissipée en prodigalités de toute sorte, et s'enfuit de Rome à Naples pour échapper à ses créanciers; mais il avait en lui-même de quoi réparer ces désastres ;