‹ Histoire des littératures étrangères (volume 2)Chapitre 91 sur 300 · CHAPITRE ONZIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE ONZIÈME

il se mit au travail ; la cour de Naples lui commanda un opéra {Didone abandannata)^ qui eut un grand retentissement dans toute Fltalie , et bientôt Fempereur Charles YI l'attacha à sa cour, avec le titre de pœta cesareo, et une pension de trois mille florins; sa destinée était fixée : il n'eut plus qu'à en suivre le cours heureux et triomphant. 11 a composé en tout vingt-hnit grands opéras, dont les plus connus sont Demofoonte, la Cletnenza di Tito, Olym-^ piade, Atiilio, Regolo, Semiramide. On pourrait y ajouter une foule de pièces plus courtes, des mélodrames sacrés, des oratorios, des cantates, des idylles, des sonnets, preuves d'un génie aussi fécond que varié. Il composa sa première pièce à quatorze ans, et il ne cessa d'écrire jusqu'à l'âge de quatre-vingt-quatre.

Le grand mérite de Métastase , c'est la souplesse merveilleuse avec laquelle il sut se plier à tous les besoins de la musique dans le drame, en l'ornant des plus riches mélodies du style : pour y mieux arriver, il composait ses vers en chantant, et préludait en quelque sorte à la tâche du compositeur. Ce n'était pourtant pas chose facile que de s'astreindre ainsi aux exigences impérieuses du drame musical : il fallait le renfermer en trois actes, y mettre trois amours en contraste, amener un air au bout de chaque scène, et un autre, plus brillant, à la fin de l'acte ; ne mettre qu'un nombre limité de personnages, et donner à chaque acteur les airs qui convenaient à l'importance de son rôle, et surtout à l'importance de son talent ; sacrifier son inspiration personnelle à la disposition de l'action telle que la voulait le musicien ; lui fournir le rhythme et le genre de style dont il avait besoin ; sacrifier souvent les unités à la mise en scène : telles sont les combinaisons multiples et gênantes auxquelles devait se

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soumettre le poète en écrivant ses opéras. Métastase sut remplir avec un rare bonheur cette tâche ingrate et difficile; il sauva, à force de talent et de ressources « les invraisemblances, la monotonie des événements et des personnages; il satisfit, autant qu'il était possible, le goût et les convenances ; ne pouvant s'élever beaucoup, il parvenait pourtant à éveiller l'attention, à intéresser, à toucher et à charmer à la fois. Son style a une mollesse enchanteresse et des couleurs merveilleuses : c'est bien cette harmonie italienne, musicale, un peu eCTéminée, dont les premiers modèles sont dans Pétrarque, et qui n'a fait que se développer pendant les trois siècles suivants, avec tous les raffinements du goût et de Foreille; c'est bien la langue du chant, où la pensée se noie dans la délicieuse harmonie des sons , et qui se prêtait si bien aux sublimes accords de Pergolèse. Quoi de plus vif, de plus expressif, de plus entraînant que ces dialogues, ces récitatifs, où l'heureux choix des expressions s'adapte au mouvement des idées If Métastase a atteint l'apogée de son art; objet d'une admiration enthousiaste, il a été respecté de la critique la plus sévère; ce n'est pourtant qu'un brillant et ingénieux écrivain, qui exploita habilement une veine heureuse, sans rien créer de neuf, sans produire aucun mouvement littéraire. Mais il semble avoir épuisé le genre cultivé par lui , car aucun de ses successeurs, sauf Câlsabigi, ne vaut la peine d'être cité. Ses oeuvres critiques, telles que ses Notes sur l'Art poétique ^Horace et ses Remarques sur le théâtre grec, prouvent des vues assez étroites et souvent fausses sur la poésie en général et l'art dramatique en particulier.

Tandis que l'opéra atteignait ainsi le degré de perfection dont il est susceptible, la comédie et la tragédie faisaient

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