‹ Histoire des littératures étrangères (volume 2)Chapitre 92 sur 300 · CHAPITRE ONZIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE ONZIÈME

aussi des elTorts pour se relever de leur abaissement, et y réussissaient dans une certaine mesure. Le progrès fnt plus sensible dans la comédie, gr&ce aux modèles français qu'elle eut le bon esprit de suivre , en cherchant à s'arracher aux bouf ronneries traditionnelles dont le goût frivole du public aimait toujours à se repaître. Il est vrai que Gigliy en imitant le Tartufe de Molière dans son DonPîhne, ne fit guère que le travestir, faute d'en comprendre la portée sérieuse et philosophique; que Faguioli etChiari ne sortent pas encore de la platitude et du trivial qui amusait le populaire; mais Martelli se rapprochait davantage de Molière et de Corneille en donnant à ses pièces plus de régularité et de convenance ; il introduisit le premier au théâtre le vers alexandrin, ou vers martcllien, dont la gravité monotone ne parait pas s'adapter très-heureusement à la prosodie italienne. On peut en dire autant du vers sans rhythme, que Maffei essaya d'introduire dans sa comédie le Raguet^ pièce assez bien faite, où il tourne en ridicule la manie alors répandue d'employer dans le langage bon nombre de locutions françaises. Le vers nouveau de Haffei, calqué sur celui d'Horace, ne put passer dans Fusage ; du reste, les Italiens ont toujours préféré, dans la comédie, leur prose si harmonieuse et si musicale.

Le comédien Riccoboni (1674-1753) essaya de son c6té une tentative assez sérieuse de réforme théâtrale, aidé des encouragements de Haffei ; il réussit assez bien pour la scène tragique , mais il échoua quand il voulut arracher la comédie à ses habitudes de pantalonnades et de farces improvisées; il espérait qu'en remettant au théâtre une comédie oubliée de l'Ârioste, Ibl Scokulique, il obtiendrait au moins un peu d'attention pour un nom respecté ; mais le public ignorant, qui s'attendait à voir revivre les person-

nages du Roland furieux , se crut trompé et accueillit fort mal la pièce. Découragé, Riccoboni partit pour la France, où il dirigea la comédie italienne; puis des motifs religieux le firent renoncer au théâtre ; il mourut laissant un nom respecté, et plusieurs ouvrages critiques sur Fart dramatique, notamment des Observations sur la comédie et h génie de Molière. Son Histoire du théâtre italien n*a pas une grande valeur. Ses efforts infructueux eurent au moins pour résultat de préparer les voies au triomphe de Goldoni.

C'est à Goldoni (1707-1793) que revient l'honneur de la réforme au théâtre. Il avait eu dès son enfance le goût et la vocation dramatiques ; il y fut initié dans sa famille, comme Gœthe plus tard, par les jeux des marionnettes, et à huit ans il ébauchait déjà de petites pièces. Devenu avocat, consul de Gènes à Venise, il fut ramené au théâtre, tant par des revers de fortune que par un entraînement irrésistible. Il devint directeur des spectacles dans l'armée autrichienne, puis [pourvoyeur en titre de la troupe de Madebac , qui ne lui imposait pas moins de seize comédies par an. Trompé et dépouillé par cet imprésario de mauvaise foi, il reprit sa liberté, et put enfin composer des pièces à sa guise; il en fit un nombre considérable, cent cinquante, dit-on, et presque toutes eurent du succès. Pourtant un rival, Charles Gozzi , soutenu par une coterie» lui, fut un moment préféré; de dépit, il se rendit en France et donna quelques pièces au Théâtre-Français; il fut admis à la cour comme lecteur et maître d'italien de Mesdames, filles de Louis XY. Il avait une pension que la révolution lui supprima; sur les instances de Joseph Chénier, eUe lui fut rendue, mais seulement la veille de sa mort : il avait quatre-vingt-quatre ans,etétait devenu aveugle.

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