CHAPITRE ONZIÈME
et de mesure; la nudité n'est pas moins choquante au théâtre que l'excès de parure.
Après toutes ces réserves, il faut reconnaître dans ce poète une véritable grandeur dans la conception des caractères, une noble simplicité dans Faction et le langage, un emploi aussi habile que vigoureux du dialogue; il a dés mots cornéliens qui touchent au sublime, des passions tragiques d'une extrême beauté, des situations et des personnages que l'on admirera toujours. Il a forcé l'Italie à sortir des pompeuses frivolités de son ancien théâtre en lui imposant, presque contre son gré, les mâles beautés d'un art noble et nouveau. Ses pièces, jouées d'abord, comme œuvres académiques, dans les palais des grands seigneurs romains, ont fini par être comprises et adoptées par le peuple; elles ont été jouées par des artisans, des hommes illettrés, jusque sur les places publiques et dans les tavernes, tant la nation en a adopté les sentiments et les accents patriotiques. Nous citons l,es titres de ces pièces, l'espace ne nous permettant d'en analyser aucune : PhU %^e li, Polynice, Antigane, Virginie, Agamemnon, Oresie, la Conjuration des Pazzi, Don Garcia, Marie Stuart, Rosmonde^ Oetavie, Timoléon, Mérope, Saill, Agis, Sophonisbe, Myrrha, le Premier Bruius, le Second Brutus.
Les successeurs d'Alfieri au théâtre ne pouvaient faire autre chose que marcher sur ses traces. Le comte Pepoli, qui avait écrit plusieurs pièces dans sa jeunesse, les refit sur le modèle de celles d'Alfieri. Quant au marquis de Pindemonte , il resta fidèle au goût italien pour la pompe extérieure et l'éclat du spectacle; il est plus déclamateiir que poète, mais il anime la scène et soutient l'intérêt.