‹ Histoire des littératures étrangères (volume 3)Chapitre 10 sur 191 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

peuples du Nord, mais il ne reste rien de leurs chants. Pourtant la langue du vainqueur refoula l'idiome breton dans les montagnes et les solitudes; elle se perfectionna et s'implanta fortement dans le pays, comme la nation sur le sol. Le plus ancien poème anglo-saxon que Ton connaisse est celui de Cedmon, au septième siècle. C'est un hymne sur la Création j en vers allitérés.

Le poème de Béowulf , sorte de roman épique, a un caractère plus national ; il est écrit en l'honneur d'un prince danois dont le nom est entouré d'une auréole fabuleuse; il renferme des traces de paganisme mêlé aux idées chrétiennes. En voici le début :

c Quelle gloire des vieux Danois, dans les jours de combat, des rois puissants du peuple, n'avons- nous pas apprise ! Combien ces nobles chefs excellaient en valeur! Que de fois, couverts du bouclier, n'ont-ils pas enlevé à des armées ennemies, à des tribus nombreuses, les sièges d'honneur! Le comte Béowulf se rendit redoutable; il grandit sous le ciel, et ses exploits brillèrent jusqu'à ce que tous ceux qui habitent la terre lui fussent soumis et lui rendissent hommage. >

Béowulf, vassal du roi des Angles Higela, si^ale sa bravouve dans une guerre contre un monstre nommé Grendel, qui a dévoré pendant leur sommeil trente nobles guerriers danois. Il revient triomphant, rapportant la tête de Grendel à son suzerain qui le déclare son héritier. Devenu roi des Angles, il remporte trente victoires, dont la dernière sur un affreux dragon auquel il enlève son trésor.

Ce sont là les rares épaves de la poésie populaire ; mais si l'on veut trouver la science, le véritable mouvement intellectuel, c'est parmi le clergé et les couvents qu'il faut

tO LITTÉRATURE ANGLAISE.

aller le chercher, avec la langue latine pour interprète.

Les chroniques de Gildas et de ses successeurs racontent, du sixième au dixième siècle, les événements de l'heptarchie anglo-saxonne.

Bède le Vénérable (673-735) fut un prodige de savoir comme un modèle de vertus, la merveille et Thonneur de son époque. La gloire du savant anglo-saxon a traversé le moyen âge, et l'on s*étonne comment tant de lumière a pu surgir d*une période aussi barbare. Son savoir était encyclopédique. 11 écrivait en vers aussi bien qu'en prose, en saxon comme en latin; il savait aussi le grec, et il n'a pas composé moins de quarante-cinq ouvrages. Théologie, histoire, astronomie, physique, musique, philosophie, rhétorique, arithmétique, grammaire, il embrassait tout et savait tout ce qu'on pouvait savoir de son temps. Un Anglais illustre, Burke, l'a surnommé le Père de la science anglaise. Ses ouvrages sont pleins de citations des auteurs classiques, principalement de Gicéron et de Virgile. D faut surtout signaler son Histoire ecclésiastique de la nation anglaise, écrite avec méthode, précision et conscience. C'est une chronique sincère, qui sert de point de départ à l'histoire d'Angleterre. Bède, élevé au monastère d'Yarrow, y reçut les ordres, et y passa sa vie entière au milieu de ces sérieuses études, et d'un enseignement qu'il distribuait aux six cents moines de la communauté; mais l'autorité de sa science s'étendait au loin, et sa correspondance nous montre l'étendue et l'importance de ses relations.

Pour juger de l'influence qu'ont eue les monastères, au point de vue social, pendant le moyen âge, il suffit de citer ces belles paroles de Chateaubriand : « Les couvents devinrent alors des espèces de forteresses où la civilisation se mit à l'abri sous la bannière de quelque saint; la cul»

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