CHAPITRE PREMIER
version des tribus conquérantes de la Grande-Bretagne , de de ces bandes anglo-saxonnes qui s'y étaient définitivement établies après un siècle et demi de luttes sanglantes. Ces hommes de proie , pirates vagabonds, avaient fini par se fixer au sol, et par former, sous le nom d'Heptarchie , un état social qui devait être la base d'un grand peuple. A la fin du sixième siècle , leitr organisation était complète ; ils avaient leurs rois, leurs lois, leurs assemblées d'anciens, de sages (wUienagemot) ^ mais ils restaient fidèles au culte d'Odin, après avoir fait disparaître, chez les Bretons soumis, les restes de la prédication chrétienne. Leurs mœurs étaient toujours grossières et violentes; les vaincus étaient réduits en esclavage; ils en faisaient le commerce, ils vendaient même leurs frères, leurs propres enfants à des marchands étrangers; c'est ainsi que le pape saint Grégoire le Grand vit un jour, sur le forum romain, un groupe de jeunes esclaves saxons exposés en vente. Touché de leur jeunesse et de leur beauté, il s'informa de leur origine; on lui répondit qu'ils venaient de la nation des Angles, encore païens. « Ils sont bien nommés, dit-il, car ces Angles ont la figure d*anges, et il laut qu'ils deviennent les frères des anges du ciel. « Quel est, ajouta-t-il, le roi de leur pays ? — Aelle ou Ella. — Il est bien nommé, car on chantera bientôt Alléluia dans son royaume. » Cette parole prophétique contenait en germe la conversion des Anglo- Saxons.
Grégoire n'était alors qu*abbé; devenu pape, il songea à sa promesse, et en confia l'exécution à un moine nommé Augustin^ qui partit avec plusieurs religieux pour accomplir cette œuvre dangereuse et sublime. En traversant la Gaule, ils recueillirent d'effrayants récits sur le peuple qu'ils allaient convertir, et plusieurs d'entre eux retour- II. I
nèrent à Rome pour demander au pape de les dispenser d'une mission si périlleuse. Augustin les accompagnait, mais le pape le renvoya auprès des siens avec de nouveaux ordres et de nouveaux pouvoirs, et ils abordèrent enfin dans rtle de Thanet, à l'embouchure de la Tamise. Le roi de Kent, Éthelbert, avait épousé Berthe, fille de Caribert, roi des Francs; elle était catholique , et avait prédisposé son époux à Tinfluence évangélique. Gr&ce à cet appui, les missionnaires furent bien accueillis par le prince, mais il les reçut en plein air, de crainte de quelque maléflce; ils gagnèrent peu à peu sa confiance, et le jour de la Pentecôte de Tan 597, il reçut le baptême avec beaucoup de ses sujets; la même année, à la fête de Noël, dix mille Anglo- Saxons se firent baptiser à l'embouchure de la Medway, dans la Tamise. Éthelbert donna à Augustin son palais de Gantorbéry, qui devint un monastère, et llieureux apôtre fut le premier archevêque de cette cité célèbre.
Il faut dire qu'Augustin éprouva certaine résistance de la part des moines celtiques, qui avaient quelque peine à reconnaître pour pontife un prélat voué à la conversion des Saxons, les mortels ennemis de leur patrie. Un prince païen, dans une guerre contre les Gallois, fit massacrer douze cents moines du monastère de Bangor, parce qu'ils priaient pour le triomphe de la cause nationale. De plus l'Église celtique ne s'entendait pas avec Rome pour le jour de la célébration de la Pàque. Le courage d'Augustin ne faiblit pas devant les obstacles; il continua son œuvre apostolique parmi les barbares» et mourut au milieu de ses travaux. Ses successeurs achevèrent ce qu'il avait commencé, et toute l'Heptarchie fut bientôt gagnée à la foi chrétienne.
Les Anglo-Saxons avaient leurs poètes comme tous les