CHAPITRE PREMIER. U
tore de la haute intelligence s'y conserva avec la vérité philosophique, qui renaquit de la liberté religieuse. La vérité politique, ou la liberté, trouva un interprète et un complice dans l'indépendance des moines, qui recherchaient tout, disaient tout, et ne craignaient rien. Les grandes découvertes dont l'Europe se vante n'auraient pu avoir lieu dans la société barbare sans l'inviolabilité et le loisir du cloître. Les livres et les langues de l'antiquité ne nous auraient point été transmis, et la chaîne qui lie le présent au passé eût été brisée. »
L'Angleterre était devenue, par son clergé et ses monastères, un foyer de civilisation chrétienne; mais l'ère des invasions n'était pas close; les pirates Scandinaves connaissaient le chemin ouvert par les Angio- Saxons; ces hommes du Nord, Danois et Normands, allaient porter partout l'incendie et le pillage, massacrant les guerriers et les prêtres, ravageant les églises et les abbayes. Au milieu de ces guerres sanglantes surgit la noble figure d'Alfred le Grand , le Charlemagne de l'Angleterre. Jeune encore, il avait visité la France et Rome; il avait pris goût aux lettres, à la science, base de tout progrès; mais les victoires des Danois faillirent lui enlever le trône. Obligé de fuir, de se cacher chez un pâtre, il attendit le moment favorable pour reprendre ses droits. Pendant que le joug danois se faisait détester des Saxons, il se déguisa en scalde, pénétra dans le camp ennemi, apprit leurs secrets, et les attaqua à la tête des siens. Cette fois, la fortune lui revint ; il reprit sa couronne , et commença un règne glorieux, signalé par son zèle infatigable pour éclairer et moraliser son peuple. Il consacra vingt années à cette œuvre de réparation, promulguant des lois sages, disciplinant ses troupes, créant une marine, encourageant la
tt LITTÉRATURE ANGLAISE.
culture, et s*entourant de savants qui propageaient autour de lui la lumière de l'intelligence. Lui-même étudiait constamment, écrivait, traduisait avec ardeur. G*est ainsi qu'il translata en anglo-saxon YHùknre eeclétiasUque de Bède, celle de Paul Orose, la Consolation de Boëce, qui servait de texte à ses méditations. Il avait l'Ame haute et noble, le prince qui écrivait les pensées suivantes :
« Ne t'enorgueillis jamais de ta noblesse; tous les hommes n'ont-ils pas la même origine? Dieu, en unissant l'âme au corps, a donné à tous la noblesse native. Quel droit t'arroges-tu donc par ta naissance sur les autres hommes tes égaux, si tu ne les surpasses en bonnes actions?
« Un roi pourrait-il aimer la couronne s'il n'avait sous ses ordres que des esclaves? C'est dans la liberté de ses sujets que réside sa dignité réelle. »
c Les Anglais, ajoutait-il, doivent être libres comme leurs pensées; » et il affranchit tous les serfs de ses domaines. Est-il rien de plus touchant, de plus purement chrétien que ces paroles adressées par lui à son fils au moment de mourir?
c Viens, mon fils, assieds-toi pour entendre encore mes conseils. Mon heure approche, mon corps s'affaiblit, mes jours sont écoulés ; il faut nous séparer... Je t'en supplie , par l'amour que je te porte, sois le père et le défenseur de ton peuple; sois l'appui de la veuve et le père de l'orphelin. Secours les pauvres et protège les faibles, et , de tout ton pouvoir, répare les injustices. Soumets-toi toujours à la loi , alors tu seras aimé de Dieu , que jamais tu n'invoqueras en vain , et qui t'assistera de sa sagesse ! »
Il y a , dans ce grand et sage roi , au milieu de ces temps barbares, un type de perfection idéale qui le rap-