CHAPITRE DOUZIÈME
qui avait muselé les passions démagogiques à Fintérieur, qui triomphait sur tous les champs de bataille, força l'Angleterre à accepter la paix d*Âmiens en 1802. Pitt ne voulut pas la signer, et quitta un instant le pouvoir. Il le reprit bientôt; le camp de Boulogne menaçait TAngleterre jusque dans ses foyers; il forma habilement une quatrième coalition, et détourna sur TAutriche le danger dont sa patrie était menacée. La journée d'Austerlitz renversa ses espérances, et il mourut Tannée suivante, à quarantesept ans, doutant de Tavenir et dévoré de sombres inquiétudes, mais laissant à son pays im des plus grands noms dont il puisse s*honorer.
* Parmi les monuments qu'a laissés sa grande et forte éloquence, il faut encore citer les discours qu'il prononça en faveur de l'abolition de la traite. C'est à lui que reviennent l'honneur et l'initiative de ces résolutions généreuses qui ont fait disparaître chez les nations modernes l'odieux trafic des noirs.
Edmond Burke (1730-1797), un des hommes les plus vertueux qu'ait produits l'Irlande, naquit à Dublin, et s'est distingué comme orateur et comme publiciste. Il commença ses études au collège de Dublin, et les acheva en France, chez les jésuites de Saint-Omer. Sans naissance et sans fortune, il s'éleva par son seul talent, et fut mêlé à toutes les grandes affaires de son pays. Son premier ouvrage a pcfur titre : Réclamation en faveur des droits de la société naturelle; sous une forme ironique et chargée, il y attaque les théories antisociales qui avaient cours, en mettant son œuvre sous le nom de Bolingbroke ; cela produisit dans certains lecteurs une confusion qui tendait à prendre pour vrais des arguments destinés à réfuter une mauvaise doctrine. VEssai sur le sublime et le beau révéla
mieux son talent de penseur et d'écrivain. Avec Taide de ses amis, le peintre Reynolds, Hamilton et Samuel Johnson, il fonda un recueil périodique, VAnnual Régit Ur, puis il entra aux affaires avec Tappui du marquis de Rockingham, alors premier ministre, qui le fit son secrétaire, et lui donna une propriété pour Taider à entrer au Parlement. Burke s*y plaça bientôt au premier rang des orateurs, et s'y distingua par une science profonde de la législation, une grande variété de connaissances et l'élévation de ses idées. Il savait entraîner et convaincre par une éloquence abondante, imagée, fleurie, jointe à une piquante ironie qui ne sortait point de la gravité parlementaire. Mais ce qui le distinguait encore plus, c'était une morale sévère, une vertu inflexible qu'il mettait au service de toutes les nobles causes, sans acception de paiti ; il acquit ainsi une autorité immense et respectée.
Burke fut un des premiers à soutenir les réclamations des colonies d'Amérique, et concourut à faire abolir l'impôt du timbre. Il fut un des adversaires les plus ardents de lord North, et si sa voix eût été écoutée, l'Angleterre eût conservé sa puissance en Amérique.
Toujourspleind'ardeuretdedévouementpourlacausedes opprimés, Burke intervint activement dans le procès dirigé contre Iprd Hastings, le dévastateur de l'Inde. Ce procès rappelle celui de Yerrès, qui donna à Gicéron l'occasion de déployer une si brillante éloquence. Burke et Sheridan, en cette occasion, rivalisèrent avec le grand orateur romain. Burke fut chargé de porter l'accusation de Hastings devant la Chambre, et la soutint avec son talent ordinaire. Mais Sheridan y triompha avec plus d'éclat encore ; dans son premier discours, pendant une improvisation brillante qui ne dura pas moins de cinq heures, il commanda