CHAPITRE DOUZIÈME
livrée^ à la Chambre, et sont commentées pour faire ressortir ma prétendue inconstance politique. Telles sont les marques d'aflection que je devais recevoir d'un ami que je croyais si chaud et sir sincère! Fallait-il donc qu'après une amitié de vingt-deux ans, sans la moindre provocation, sans le moindre motif, il me blessât ainsi dans mes croyances les plus chères, et jusque dans les ConQdences de mon amitié ! Je ne puis concevoir que iM. Fox m'accuse d'avoir parlé légèrement, sans exactitude, sans informations, sur des faits inconnus. N'a-^t-il pas vu dans mes mains les livres, les pamphlets, les récits qui nous font connaître tous les malheurs, tous les crimes de la France?... A l'époque de la vie où je suis arrivé, il est peu raisonnable de provoquer des ennemis ou de donner à ses amis une cause de rupture et d'abandon. Mais je suis si fortement, si invariablement attaché à la Constitution anglaise, que je ne puis hésiter. Mon devoir public, ma prudence, mon amour de mon pays m'ordonne de m'écrier : Fuyez la Constitution française; séparez-vous d'elle! s
Fox, tout troublé, s'écria : « Mais ce n'est pas une rupture d'amitié! » — « C'est une rupture d'amitié, reprit Burke. Je sais ce qu'il m'en coûte. J'ai fait mon devoir au prix de la perte d'un ami. Notre amitié est finie ! »
Depuis ce moment, Burke resta lié à la politique de Pltt, toujours hostile à la France, et il le soutint avec éclat dans ses efforts pour abolir la traite des noirs. On a de lui d'assez nombreux ouvrages de polémique, la plupart sous forme de lettres; on lui a même attribué les fameuses Lettres de Junius, satires amères et véhémentes qui parurent dans VAdvertiser de 1769 à 1792; mais d'après l'opinion la plus accréditée aujourd'hui, ces lettres seraient de sir Philip Francis, que sa position au ministère de la guerre
tOO LITTÉRATURE ANGLAISE.
mcUait à même de connaître tous les détails de Tadministration.
Charles James Fox (1749-1806) est déjà en partie connu par les détails qui précèdent, et quNonnent une idée de sa grande puissance oratoire. Sa famille était considérable : sa mère était alliée à la maison des Stuaits, et son père, lord Holland, était ami et confident de Walpole.
c Cet homme, dit Chesterfield , en parland de lord Rolland, n*avait aucune notion, aucun principe de liberté, de justice; il méprisait comme des sots ou comme des hypocrites tous ceux qui pouvaient ou paraissaient y croire , et il a toujours vécu comme Brutus est mort, en appelant la vertu un vain mot. »
Fox fut élevé sous cette influence pernicieuse qui gâta son talent et nuisit à sa carrière politique ; son père lui donna le goût de la dépense et du jeu : il le conserva toute sa vie. Cependant il mena de front les études et le plaisir; doué d'une grande facilité naturelle, de ressources abondantes dans Tesprit, il arriva avant Tàge au Parlement; il y fut élu à dix -neuf ans, et le pouvoir fit consacrer cette illégalité. Lord North le fit nommer lord de Tamirauté et grand chancelier. Mais Fox, indépendant par nature, supportait mal le joug du ministère; il le brisa, fit de Topposition, et perdit ses places. Il se lia avec Burke, s*unit aux whigs et prit la défense des insurgés américains.
Ce fut le début de ses grands succès oratoires. Plus tard, il s* unit à lord North pour renverser le premier ministère de Pitt; il y réussit, et entraau pouvoir avec Rockingham; ce ne fut pas pour longtemps : le roi n*aimait pas ces ministres, et il les vit succomber avec plaisir dans le bill sur la compagnie des Indes. Pitt revint au ministère, et Fox
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rentra dans son rôle, celui de l'opposilion. II la fit avec acharnement, souvent avec éloquence, à cet adversaire que rien ne put ébranler du pouvoir. Nous avons dit comment il fut déçu lors de la maladie mentale du roi et des débats sur la régence; Fox s'y montra habile, fertile en ressources; pourtant il ne put arracher le pouvoir à un adversaire qui n*avait pas moins de talent, mais qui avait plus de vertu. Son enthousiasme pour la révolution française le brouilla avec Burke, et il fit tous ses efforts pour empêcher la déclaration de guerre à la France. Pendant un séjour qu'il fit en France, il eut une entrevue avec le Premier Consul, qui reçut fort bien l'adversaire déclaré de Pitt. Quand ce dernier tomba en 1805, Fox arriva enfin au pouvoir, mais dans les circonstances les plus difficiles; la Prusse avait pris le Hanovre; il fallait faire la guerre, et suivre contre son gré l'instinct national. La mort lé délivra de ce fardeau en 1806. Il a laissé une Histoire des deux derniers rois de la maison des Stuarts.
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