CHAPITRE TREIZIÈME
Pope, Addison, Young, Sleele, et beaucoup d'autres; mais bientôt ses opinions whigs, qu'elle affichait hautement, lui attirèrent des persécutions qui la forcèrent à quitter l'Angleterre; elle se réfugia à Venise, où elle vécut vingt-deux ans. Outre ses Lettres, elle a laissé quelques poésies.
Miss Edgeworth (i770-lS49) appartenait à la même famille que l'abbé Edgeworth, qui assista Louis XYI dans ses derniers moments. Les membres catholiques de cette famille, irlandaise d'origine, vinrent habiter la France. Miss Edgev7orth appartenait à la branche protestante; elle vécut retirée auprès de son père, mécanicien habile, qui eut le premier l'idée des communications télégraphiques. C'était un homme d'une haute vertu; il était lettré, et développa les qualités littéraires de sa fille par ses conseils et ses exemples; il composa même, de moitié avec elle, quelques ouvrages d'éducation, entre autres Essays on practical éducation. Les Contes de miss Edgev^orth sont une peinture exacte et fidèle des mœurs irlandaises, peinture un peu raffinée, trop subtile de détails et d'analyse, mais empreinte de délicatesse féminine, et ne manquant pas d'attrait ; tels sont Castle Racrent, Irish Bulls, Patronage, Fashionable Taies, Harrington. On croit que ces romans nationaux n'ont pas été sans influence sur le génie de Walter Scott, qui devait bientôt après prendre l'Ecosse pour théâtre de ses fameux récits. Au fond, toutes ces créations sortent de l'école de Richardson. Miss Edgeworth a aussi composé une série de contes pour l'éducation de la jeunesse : Moral Taies, Belinda, Leonora, Griselda, Helena; le style en est élégant et pur, la morale élevée, mais ils ont le défaut, comme la plupart des romans destinés à la jeunesse, de trop idéaliser la vie, d'exciter l'imagination, au
lieu de présenter le tableau des réalités positives de Texistence.
Dans le même genre de composition, il faut encore mentionner madame Inchbald, lady Morgan, et, sur un ton plus élevé, miss Baillie, qui a fait des drames dans le genre de Shakspeare. Miss Aikin est auteur de poésies charmantes. Helena Williams, qui faillit périr à Paris avec ses amis les Girondins, a écrit des Lettres sur la France, un Voyage en Suisse, un poëme, le Pérou, et des Poésies où la grâce s'unit à une vive imagination.
Walter Scott (1771-1832). Parler de cet écrivain, c'est réveiller tous les souvenirs de notre jeunesse ; c'est nous reporter à ces jours de loisirs et d'enchantement, où nous passions des heures heureuses, si vite écoulées, à lire l'i^n^îquaire, loanhœ, Rob-Roy, Quentin Durward, et tant d'autres de ses romans dont l'intérêt ne tarissait pas. Quel autre écrivain a plus frappé notre imagination, nous a laissé de plus charmants souvenirs? Ce n'est pas un Homère, sans doute, comme l'ont prétendu certains critiques anglais; mais par la puissance et la magie du talent, par la variété de ses conceptions, par cet art merveilleux avec lequel il peint les paysages, les scènes historiques, chevaleresques, le moyen âge, aussi bien que les passions, les sentiments généreux du cœur humain, il s'est imposé à toutes les classes de lecteurs, il a pris une des premières places dans l'histoire des lettres, pendant qu'un autre génie, plus poé* tique peut-être, mais plus bizaiTe, moins varié, moins sympathique, Byron, donnait de son côté une impulsion nouvelle au courant de l'esprit humain.
Walter Scott, qui porte le nom même de la patrie écossaise , descendait d'une de ces grandes familles féodales, ou clans, dont le duc de Bucceleugh était le chef. Mais la