‹ Histoire des littératures étrangères (volume 3)Chapitre 107 sur 191 · CHAPITRE TREIZIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE TREIZIÈME

fortune n'est pas toujours au niveau de la noblesse de race. Son père était procureur à Edimbourg; il était l'alné de quatorze enfants dont lui seul survécut. Par suite d*une chute qu'il fit à l'âge de deux ans, il resta.boiteux toute sa vie, ce qui ne l'empêcha pas d'arriver à une taille imposante et à une grande vigueur de tempérament.

Deux choses développèrent en lui cette forte imagination et ces merveilleuses ressources d'esprit et de connaissances dont ses ouvrages font preuve : l'amour de la nature et de l'art, la lecture. Son enfance se passa au milieu de ces beaux paysages d'Ecosse, si pittoresques d'aspect, si remplis de légendes et de souvenirs. Là^ chaque rocher, chaque ruisseau , chaque tour en ruine rappelle les traditions du passé : guerres et aventures, récits et ballades, tout y est source d'émotion et de poésie. C'est là que Walter Scott puisa le goût de ses récils par lesquels il devait plus tard charmer le public. Lui-même en rend témoignage, c II faudrait, dit-il, me reporter à une époque bien reculée de ma vie, si je voulais parler de mes exploits comme conteur, mais je crois que quelques-uns de mes camarades d'école peuvent encore attester que j'avais parmi eux une certaine réputation en ce genre, à une époque où leurs applaudissements étaient la seule compensation des disgrâces et des châtiments qu'encourait le futur auteur de romans, pour être lui-même un fainéant, et pour entretenir les autres dans la fainéantise pendant un temps qu'ils auraient dû employer à faire leurs devoirs. La principale jouissance de mes jours de congé était de m'échapper avec un ami de cœur, qui avait le même goût que moi, et de nous raconter tour à tour les aventures les plus étranges que nous pouvions imaginer. Nous faisions alternativement des contes interminables de chevalerie errante, de batailles

et d'enchantements^ qui se continuaient d'un jour à Tautre» quand l'occasion s'en présentait, sans jamais arriver au dénoûment. »

Cet art. de conter, Walter Scott le conserva toute sa vie; sa conversation avait un charme particulier, et ses récits, agencés avec art, auraient pu être écrits pour l'impression.

Au milieu de ses études pour le barreau, une maladie grave, occasionnée par la rupture d'un vaisseau sanguin, lui interdit pendant longtemps le mouvement et la parole; il lui fallut garder le lit assez longtemps, et supporter un régime des plus sévères; mais on lui laissa toute liberté pour la lecture : il s'y plongea avec passion, du matin au soir, sauf quelques parties d'échec , quand il trouvait un adversaire charitable. La bibliothèque paternelle y passa tout entière, depuis les romans de chevalerie, jusqu'aux vulgaires ouvrages des temps modernes. < J'amassais alors, dit-il, sans le savoir, des matériaux pour la tâche dont le destin a voulu que je m'occupasse avec tant d'assiduité. Cependant à force de lire et de relire les miracles de la fiction, je finis par éprouver quelque satiété, et Je commençai peu à peu à chercher dans l'histoire, dans les mémoires, dans les voyages par terre ou par mer, et autres ouvrages semblables, des événements presque aussi merveilleux que ceux que j'avais lus dans les œuvres de l'imagination, avec cet avantage de plus qu'ils étaient vrais, du moins en grande partie. »

Sa santé rétablie, il reprit ses études de droit avec ardeur, et se fit recevoir avocat à vingt-deux ans. Il obtint des succès au barreau, et fut nommé shérif du comté de Selkirk, place qui lui rapportait trois cents livres par an, et qu'il remplit avec honneur et dignité. Pendant ses loisirs, il étudiait l'allemand; Gœthe et Schiller avaient

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