‹ Histoire des littératures étrangères (volume 3)Chapitre 108 sur 191 · CHAPITRE TREIZIÈME. Î · texte numérisé non relu

CHAPITRE TREIZIÈME. Î

réveillé en Allemagne la tradition poétique des temps chevaleresques, que Walter Scott avait lui-même étudiée avec passion; il traduisit Goëtz de Berlkhingen, et se mit à réunir les fragments d'anciennes poésies conservées dans les chaumières et les archives de l'Ecosse. Ce recueil a pour titre : Minstrelsy of the scoUish border (poésie chevaleresque des frontières de l'Ecosse). Ce fut l'origine de sa renommée, et le début de ses grands travaux. L'Angleterre, et surtout l'Ecosse, accueillit avec enthousiasme ce recueil de ballades, fait avec les soins d'un érudit et d'un poète; ce jour ouvert sur l'horizon du passé devait ouvrir pour son auteur l'horizon de l'avenir.

Son père, en mourant, lui laissa une petite fortune, qui, jointe aux bénéfices de sa charge , lui donna une honnête indépendance, et lui permit de se livrer à son goût favori. Le premier fruit de ses loisirs poétiques fut le Lai du dernier ménestrel, poëme brillant et vigoureux ,. plein d'un noble enthousiasme ; il fut accueilli du public avec un concert d'éloges. Le plan, la facture des vers, l'exécution entière portait un vrai cachet d'originalité. C'est une histoire à la fois fantastique et chevaleresque, chantée par le dernier survivant de ces bardes des borders (frontières) autrefois reçus dans les châteaux où ils s'asseyaient à la place d'honneur; le poète suppose que la duchesse de Bucceleugh accueille le dernier des bardes et lui demande ce récit. On voit que Walter Scott a fait de son poôme un chant national et un souvenir de famille.

Encouragé par le succès, Walter Scott composa successivement plusieurs autres poèmes, où brillent, en général, des beautés de premier ordre : Marmion, la Dame du lac, Moheby; ce sont toujours des légendes ou des fragments historiques appartenant à son pays natal, dont il voulait

devenir rHomère. La faveur du public ne faisait que s'accroître, il obtint même celle de Pitt et de Fox; on lui donna la place de greffier en chef de la cour. Voyant la fortune lui sourire , il résolut d'augmenter son bien-être, et de se bAtir une demeure à sa convenance; il choisit Abbolsford, sur les bords de la Tweed, délicieuse contrée qui le charmait depuis longtemps. Il y éleva un château gothique, un vrai rêve, comme il le dit lui-même, un roman en pierre et en mortier, selon l'expression d'un voyageur français. Il dessina lui-même le parc et les jardins; l'art s'unit à la nature pour en faire une superbe résidence. A l'intérieur se trouvaient une riche bibliothèque, une salle d'armes historiques du plus haut intérêt ; partout, un goût exquis joint à une grande richesse. Walter Scott se plaisait à faire les honneurs de son chàleau, et à exercer envers les visiteurs une large et généreuse hospitalité.

Cependant après Rokehy, et quelques autres petits poèmes dont le succès fut médiocre, Scott s'aperçut que la faveur publique commençait à faiblir autour de ses ouvrages. Il en fait l'aveu lui-même. < Le genre et le style dont la nouveauté avait ofTert un attrait si puissant au public avaient alors commencé à perdre leur charme, parce qu'on y était accoutumé depuis longtemps; l'harmonie de cette versification était devenue fatigante et n'avait plus rien d'extraordinaire... En outre, un rival puissant et inattendu s'avançait sur le théâtre; un rival riche nonseulement en talents poétiques, mais en moyens d'obtenir cette popularité que j'avais acquise de préférence à des hommes qui la méritaient mieux. Le lecteur verra aisément que je veux parler ici de Byron, qui venait de publier le premier chant de Càild-Harold. »

Ainsi Walter Scott sentait le côté faible de ses poèmes.

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