CHAPITRE PREMIER
proche de notre saint Louis : la religion seule a pu produire de tels princes.
Après la mort d'Alfred, les incursions des Danois recommencèrent, plus terribles, plus fréquentes; les Bretons d'Ecosse et d'Irlande se joignaient à eux pour venger leurs défaites passées. Athelstan, petit-fils d'Alfred , faillit perdre sa couronne, mais il reprit l'avantage, et remporta sur ses ennemis la victoire décisive de Brunanburg, dont un chant anglo-saxon nous a conservé le souvenir :
c Le roi Athelstan, le chef des comtes, qui distribue les colliers d'honneur, le frère atné du noble Edmond, a conquis dans la lutte , à la pointe de l'épée , une gloire 'immoitelle à Brunanburg.
c Us ont rompu le mur des boucliers , ils ont abattu les bannières, les vaillants fils d'Edouard suivis de leur famille... Us ont vaincu et détruit l'armée écossaise et la flotte. Les guerriers tombant morts ensanglantèrent la plaine, depuis l'heure matinale où le plus grand des astres, le soleil, brilla sur la terre, jusqu'à ce que le flambeau du Très-Haut, le globe majestueux eût atteint le couchant.
c Des milliers de guerriers gisaient , frappés de la lance : c'étaient les fiers Normands que leurs boucliers ne purent défendre, c'étaient les Écossais succombant au carnage...
< Cinq jeunes rois jonchèrent le champ de bataille , assoupis par l'épée homicide; avec eux sept lieutenants d'Anlaf , les marins de la flotte et les bandes écossaises.. . »
Hais la fin du dixième siècle voit le triomphe définitif des honmies du Nord. Le faible Ethelred II ne peut résister à leurs coups répétés , à leurs énergiques efforts. La dynastie anglo-saxonne succomba, et Canut le Grand
réunit sur sa tète les trois couronnes de Norvège , de Danemark et d'Angleterre (1017).
Moins d*un siècle plus tard, on le sait» les Danois subirent à leur tour le joug d'autres conquérants, leurs frères d'origine , les Normands de France , qui avaient déjà oublié la langue et les mœurs de leur patrie dans leur contact avec les Français.
On comprend maintenant de quels éléments divers se forma la nation anglaise , et la langue si énergique , si forte de ce pays. Les Anglo-Saxons parlaient le teuton, les Danois le Scandinave, langues sœurs, de dialectes différents , qui prirent fortement racine dans ce pays ; la langue bretonne se réfugia dans les montagnes de la Gam* brie et de l'Ecosse , où elle resta presque inaccessible au mélange ; puis le normand-français se superposa à l'anglosaxon-danois, le comprima, le relégua dans les classes inférieures, sans l'anéantir, jusqu'au moment où l'idiome populaire, vaincu, mais toujours vivant, ayant pour lui la force vitale et le nombre , se réveilla au bout de quelques siècles^ pour absorber son noble vainqueur.