‹ Histoire des littératures étrangères (volume 3)Chapitre 111 sur 191 · CHAPITRE TREIZIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE TREIZIÈME

Walter Scott demanda dix ans à ses créanciers pour acquitter son énorme dette. < Tant que Dieu m'accordera la vie et la santé, disait-il, le travail ne me fera pas peur. Voici bien des années que j'ai passées, enseveli dans les souterrains d'un labeur volontaire; pourquoi, maintenant que ce labeur devient indispensable, reculerais-jc devant lui ? » Son château d'Âbbotsford était placé sur la tête de son âls, et ainsi sauvegardé ; il flt vendre sa maison et son mobilier d'Edimbourg, ses livres chéris, ses meubles artistiques, loua un petit appartement dans une rue écartée, et se renferma dans son cabinet pour travailler au profit de ses créanciers.

Mais la nécessité où il fut alors de vendre le droit d'impression de ses œuvres ne lui permit plus de garder l'anonyme, et dans une réunion solennelle des souscripteurs de la caisse des artistes dramatiques à Edimbourg, Walter Scott dit : < Je suis l'auteur de Wanerley et de tous les romans qui l'ont suivi ; j'en suis le seul et unique auteur... Le charme est maintenant ix)mpu et la baguette magique est brisée. » Il acheva alors son roman de Woodtioeh, et YHUUÀre de NapoUan, en neuf volumes, ouvrages déjà commencés, et qu'il termina avec une rapidité étonnante ; une seule année lui suffit. Il fit un voyage à Paris pour recueillir des documents et y reçut un accueil des plus flatteurs. Le manuscrit de son Histoire fut vendu trois cent cinquante mille francs. Un Français ne peut s'attendre à y trouver toute l'impartialité désirable; Waterloo était encore trop récent, et un Anglais devait nourrir bien des préjugés en 1827 contre le grand homme qui avait été toute sa vie l'ennemi implacable de l'Angleterre. De plus, cet ouvragé se sent de la précipitation avec laquelle il fut improvisé ; il y a bien des négligences et des erreurs, trop

de passion et de colère; le temps a fait justice de ces défauts, et l'œuvre est bien tombée aujourd'hui.

Son Histoire f Ecosse, à l'usage de son petit-fils, n'est pas entachée de la même partialité : là, l'écrivain était maître de son sujet, comme de son jugement et de son goût : c*est une œuvre saine et fort intéressante par le côté épisodique et pittoresque.

Mais le roman fut toujours son occupation principale; voici les titres de ceux qui appartiennent à cette dernière période de sa vie : la Jolie Fille de Perth, Charles le Témé^ raire, Robert, le Château périlleux. Il faut y joindre V Histoire de la démonologie.

L'espace ne nous permet pas de donner l'analyse d'aucun de ces romans, ni d'en faire la critique au point de vue des qualités et des défauts. Il est évident que l'intérêt n'est pas le même dans tous, et que le génie de l'écrivain n'est pas partout égal : ce serait trop demander dans une collection si nombreuse. Le défaut principal est dans le style, qui manque de fermeté et de précision. L'auteur écrit trop, et trop vite ; son œuvre manque de maturité, de netteté dans les contours, de sobriété dans les descriptions ; il s'y perd parfois jusqu'à la fatigue, et l'idée, au lieu d'être burinée vigoureusement, devient molle et s'alanguit.

Mais dans l'ensemble, et tel qu'il est, Walter Scott est une merveilleuse organisation poétique, un de ces écrivains qui creusent un profond sillon à travers un siècle. < U s'associe, dit un critique, à tout ce qui est de l'humanité ; il nous apprend, sous la direction de Shakspeare, sou grand modèle, à découvrir les vices sous les vertus, les vertus sous les vices, et à ne jamais croire sur parole les assertions haineuses de l'histoire. C'est un Juge qui ne se passionne jamais, ou qui laisse chacun de ses person-

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