CHAPITRE TREIZIÈME
nages vivre de sa vie libre et naturelle; chez lui, rien n'est exagération, prétention, extase : tout marche et vit dans le monde réel; Tair est pur et libre autour de lui; la vie facile et indépendante; chaque pas est un plaisir, chaque nouvel objet offre une jouissance nouvelle. La nature de son génie, calme et lucide, le rapproche de Goethe, génie plus poétique, et qui s'est souvent élevé jusqu'à l'idéal de son art, mais qui n'a pas laissé, comme Walter Scott, tout un monde vivant, peuplé de créatures aimées ou redoutées, vraies et passionnées, distinctes et impérissables ^ »
Cependant la robuste santé de Walter Scott ne put résister longtemps au labeur incessant qu'il s'était imposé dans l'intérêt de ses créanciers; au bout de six années, l'épuisement se fit sentir, et l'angoisse morale, la crainte de ne pas achever son œuvre dut contribuer à user les ressorts de cette forte ihtelligence. En 1831, il s'opéra en lui un changement notable ; son humeur, jusque-là si égale, s'en ressentit : la paralysie commençait. Les médecins, pour l'arracher à un travail qui le tuait, conseillèrent un voyage sur le continent. Le gouvernement mit un vaisseau à sa disposition; il partit pour Malte, visita Naples, Pompéi , Rome ; mais les musées antiques purent à peine éveiller son attention, autrefois si vive, pour les débris du passé. II regrettait sa chère Ecosse, et avait hâte d'y rentrer, n revint par la Suisse et le Rhin, de plus en plus miné par la maladie. La vue de son splendide Âbbotsford le ranima un peu, mais la stupeur, la léthargie, le délire finirent par s'emparer de lui, et il expira, au milieu de sa famille, le 21 septembre 1832.
* Pbilarète Chaslbs, Études sur V Angleterre au dix -neuvième siècle.
su LITTÉRATURE ANGLAISE.
Gomme homme, Scott était la bonté, la douceur même; il avait toutes les vertus de Fhomme privé, du chef de famille. II a prouvé, par ce travail herculéen où il a brisé sa vie, jusqu'à quel point il portait la probité et la délicatesse de conscience, n était aimé parce qu'il savait se rendre aimable, il repoussait la satire comme la médisance : une haute moralité a dominé sa vie aussi bien que ses œuvres.