CHAPITRE XIV
Lord ByroD : son caractère, ses études, ses premiers essais poétiques : Heures iFoUiveté, Bardes d'Angleterre et critiques d Ecosse. Son premier Toyage. Les premiers chants de Child Harold; le Giaour, la Fiancée ^Abydâs, le Corsaire, Lara. Son mariage. Son exil volontaire. Manfred, le Prisonnier de ChilUm. Byron peint par lui-même. Les Lamentations du Tasse, Beppo, Mazeppa, la Prophétie du Dante. Drames de Byron : Marino Faliero, Sardanapale, Wemer, les Deux Foscari, Caïn, Ciel et Terre.Le poème de Don Juan. Mort de Byron en Grèce. Ses Mémoires publiés par Thomas Moore. Jugement sur ce poète et ses œuTres. — Thomas Moore et l'école romantique. — Wordsworth et les lakistes. — Southey. — Coleridge. — Lamb. — Keats. — Shelley. — Bogers. — Thomas Campbell.
George-Noël Gordon, lord Byron (1793-1824). Le caractère de cet écrivain forme le contraste le plus complet avec celui du précédent. Autant Scott était doux, bienveillant, épris de la solitude, de la vie de famille, fidèle à l'amitié, aux devoirs de société, aux convenances, ennemi du fracas et du scandale; autant Byron fut yiolent, aigri, passionné, orgueilleux, amoureux de bruit et de renommée, même aux dépens de sa réputation, brisant par caprice ou violence les liens de famille, fougueux en tout, méprisant la vie sociale et l'humanité entière, plein de contrastes, d'élans impétueux, de sensibilité, de sombre dédain, de scepticisme : en un mot le génie touchant presque à la folie.
Cette race des Byron, antique et illustre, semble partout marquée d'un sceau tragique. La même souche a produit les Byron d'Angleterre , venus de. Normandie avec la con-
quête, ceux de France, dont le dernier, infidèle à Henri IV, tomba sous la hache du bourreau ; enfin ceux de Courlande, représentés par le célèbre Biren, favori de Catherine n. Le grand-oncle de lord Byron, pair d'Angleterre, avait été accusé d'avoir tué un de ses parents; son père, non moins farouche, avait mené une vie de jeu et de dérèglements; il ruina sa femme, une GordoUi et s'enfuit pour aller mourir à Yalenciennes.
Quant à la mère de lord Byron, elle avait le caractère difficile, irritable, impétueux, et l'enfance du poète, qui avait hérité de toutes ces violences de race, se passa, auprès de sa mère, en scènes de colère raèlées d'attendrissement, qui touchaient parfois au tragique. Ëtonnez-vous, après cela, de cette fougue impétueuse, de ces passions désordonnées, fatales, dont fut marquée la vie de cet homme extraordinaire qui disait que, parmi les hommes, il était avec eux, sans être Vun (Teux :
With them, hii not one ofthem.
Un jour, au milieu de ces scènes violentes, il tomba, se blessa au pied, et resta boiteux pour la vie. Cette infirmité fut pour son orgueil une blessure morale qui ne s'efiaça jamais; elle aigrit son caractère déjà si sombre, si misanthrope; il était beau de visage, il avait l'orgueil de sa beauté, mais il boitait! Cela g&tait tout à ses yeux, et lui faisait perdre tous ses avantages.
Il avait huit ans quand son grand-oncle mourut, lui laissant la pairie héréditaire. Ses études furent faibles et fort irrégulières; écolier indocile, il aimait avec passion les exercices du corps, se distinguait par toutes sortes de prouesses et de folies. Ses amitiés étaient vives; il se serait fait tuer pour un ami. C'est à Harrow, puis à Cambridge