CHAPITRE QUATORZIÈME. tn
qifil passa ses années scolaires, entremêlées d'orgies et de caprices : il élève dans sa chambre tantôt un ours, tantôt des chiens, qu'il appelait son académie. Parfois il jeûne pour ne pas grossir, puis il mange et boit outre mesure. Nature étrange, dévoyée, immorale, il est en révolte ouverte contre sa patrie, contre la société, contre toute espèce de joug.
Au fond de tout cela fermentait une sève poétique qui ne demandait qu'à se faire jour. Ses premiers essais,publiés en 1807, sous le titre d'Heures éfoUmléj ne pouvaient encore faire deviner un grand poète; c'était des imitations timides d'Ossian et des poètes allemands, mêlées à quelques vifs éclairs de poésie personnelle. La Revue é^ Edimbourg, qui était alors l'oracle du goût, parla avec quelque dédain de l'auteur et de l'ouvrage. Ce fut l'étincelle qui fit jaillir la foudre. Byron riposta par une satire amère et virulente ayant pour titre Bardes d^AngUterre et critiques fÉcosse, où il vengeait son orgueil outragé aux dépens de tous les auteurs du temps : c'était plus qu'une satire, c'était un défi et une insulte; il en a reconnu plus tard l'excès et l'injustice, particulièrement en ce qui concerne Jeffrey, W. Scott et Moore. Mais il avait produit l'effet qu'il voulait; il prouvait la force de son talent, il s'emparait de l'attention publique, et réduisait ses adversaires au. silence.
En effet , personne ne releva cet audacieux défi. Byron, un peu auparavant , avait pris sa place à la Chambre des pairs, mais il n'y avait trouvé que froideur et indifférence; ni parents ni amis pour lui faire accueil; ses folles dépenses et ses Claies avaient déjà altéré sa santé et sa fortune. Il dénoua celte situation bizarre et difficile par un exil volontaire, un voyage de deux années, d'où il devait rapporter
des impressions poétiques et une renommée grandissanter Avant de partir, il réunit ses amis dans son ch&teau de Ncwstead, se déguisa en moine, lui et ses convives, et fit éclairer la salle du festin avec des bougies placées dans des crânes humains : justifiant ainsi la réputation étrange dont il semblait se faire gloire.
Byron parcourut l'Espagne, la Grèce, l'Asie Mineure, Gonstantinople, et revint en Angleterre au moment où sa 4nère expirait. Malgré leurs querelles passées, l'affections réciproque avait survécu, et Byron éprouva mie vive dou' leur de cette perte.
De son voyage en Orient, Byron rapportait un poème qu'il avait composé avec ses impressions, et qui ne pou-* vait manquer d'être fortement empreint de son originale personnalité; c'était les deux premiers chants de Chili- Harold, qui ne fut terminé que plus tard et à la suite d'autres voyages. Cette fois, Byron prenait sa place parmi les poètes de son pays, et l'on peut dire du monde entier; à cette place il était sans rival. Pourtant il choquait toutes les idées reçues, il se montrait misanthrope et antisocial; l'amertume, la haine, le scepticisme, l'ironie étaient semés à pleines mains dans ces strophes enfiévrées de passions, bouillonnantes de poésie : c'était un anathème à la société» surtout à l'Angleterre dont il détestait la morgue aristocratique, le bon ton gourmé des salons, le cant et les traditions féodales. Byron ne conservait qu'une admiration, celle de la nature , avec laquelle souvent il confond Dieu lui-même, car il est panthéiste sans le savoir. Malgré cela, le succès de son poème fut immense; il retentit par toute l'Europe, tant cette riche et puissante poésie s'imposait à l'admiration.
D'autres poèmes, tous admirables de force, de sentiment.