CHAPITRE QUATORZIÈME
de grAce, suivirent celui-là; ce sont le Giamr, la Fiancée éfAln/das, le Corsaire, Lara, VOde â Napoléon. Byron y découvrait des richesses inconnues et une forme toute nouvelle pour rendre les sentiments intimes et la couleur locale : les scènes orientales y sont peintes avec tout le coloris brillant que comporte le sujet.
Byron reparut alors à la Chambre et y fit son premier discours, son maiden speech, selon Texpression anglaise, sur le bill de dissolution ; il fit encore deux autres discours, dont l'un en faveur des catholiques d'Irlande; de son aveu , il n'était pas orateur.
Maitre de l'opinion et partout admiré, sinon estimé,. Byron pouvait fixer son existence et se préparer une vie heureuse , lorsque son mariage avec une riche héritière , miss Milbanke, vint raviver le scandale de ses jeunes années par des griefs nouveaux. Soit que Byron continuât, étant marié, la vie trop indépendante de ses années de célibat, soit que le caractère un peu sec et formaliste de sa femme n'ait pas eu toute la conciliation possible , lady Byron déclara ne pouvoir vivre sous le toit conjugal, et retourna dans sa famille, emmenant avec elle sa fille Ada, l'unique enfant issu de ce malheureux mariage. Une séparation légale eut lieu; tous les torts retombèrent sur Byron; les journaux le couvrirent d'opprobre. Le cœur plein de tortures et de fureur, il quitta pour toujours l'Angleterre, en lançant son célèbre Adieu, et alla demander à l'Italie le repos, la vie facile et voluptueuse que l'Angleterre ne pouvait lui procurer. Il passa par la Belgique, visita le champ de bataille de Waterloo, où Napoléon avait succombé un an auparavant, remonta le Rhin, et s'arrêta aux bords du lac de Genève. C'est là qu'il reprit la suite de Child^HaroU, qu'il composa Manfred, un drame de
tîO LITTÉRATURE ANGLAISE.
maudit, comme Faust; le Prisonnier de ChUUm, récit émouvant et dramatique d'une beauté achevée. Il séjourna ensuite à Venise, puis à Ravenne et à Pise, écrivant toujours et se livrant à des plaisirs scandaleux, à des exercices violents ou à des conspirations révolutionnaires. Quelques passages de son journal suffiront à montrer ce qu'était cet homme étrange, dont les emportements touchaient presque À la folie.
c Pourquoi ai-je été toute ma vie plus ou moins ennuyé? Je ne sais que répondre, mais je pense que c'est dans mon tempérament , comme aussi de me réveiller dans l'abattement , ce qui n'a jamais manqué de m'arriver depuis plusieurs années. La tempérance et l'exercice que j'ai pratiqués parfois et longtemps de suite, vigoureusement et violemment, n'y faisaient que peu ou rien. Les passions violentes me valaient mieux. Quand j'étais sous leur prise directe, chose étrange, j'étais agité et non abattu. Pour le vin et les spiritueux, ils me rendent sombre et sauvage jusqu'à la férocité, silencieux pourtant et solitaire, point querelleur si l'on ne me parle pas. Nager aussi me relève; mais en général je suis bas , et tous les jours plus bas. A cela, pas de remède, car je ne me trouve pas aussi ennuyé qu'à dix-neuf ans. La preuve en est qu'à cet âge-là, j'étais obligé de jouer ou de boire, ou d'avoir une excitation quelconque, sans quoi j'étais misérable».. A présent, ce qui m'envahit le plus, c'est l'inertie, et une sorte d'écœurement plus fort que l'indifférence. Si je me réveille, c'est par des fureurs... Je présume que je flnirai comme Swift, c'est-à-dire que je mourrai d'abord par la tète, à moins que ce ne soit plus tôt et par accident. »
Ces aveux sont tristes, mais ils peignent l'homme à nu : qu'est-ce donc que le génie, sous cette misérable enve*