‹ Histoire des littératures étrangères (volume 3)Chapitre 116 sur 191 · CHAPITRE QUATORZIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE QUATORZIÈME

loppe, et pourquoi tant de faiblesse à côté de tant de grandeur? Byron a toujours manqué d'un frein moral; la foi religieuse n'a jamais eu de prise sur son âme, et sans elle, point de vraie vertu, point d'homme complet, point de bonheur.

Il faut achever d'indiquer les œuvres de Byron pendant cette dernière période de sa vie : ce sont les Lamentations du Tasse, Beppo, conte italien; Maxeppa, la Prophétie du Dante; plusieurs drames, les uns historiques, comme Marino Faliero, Sardanapak, JVemer, les Ihux Foscari; les autres de fantaisie, plutôt abstraits que réels : Manfred est de ce nombre, ainsi que Gain, Ciel et Terre. C'est la partie la moins heureuse de ses œuvres, car il n'avait pas le génie dramatique; habitué à la méditation rêveuse, à l'élan lyrique, il lui manquait le mouvement, la variété, l'art de combinaison qui conviennent au théâtre. Chez lui, un caractère est fortement dessiné, et absorbe tous les autres : ce caractère, c'est lui-même; qu'il s'appelle Manfred, Gaïn, ou Harold, Lara, Don Juan, c'est toujours Byron, le poète subjectif, peu varié, toujours personnel, et tirant de là toute sa puissance.

Don Juan, le dernier, le plus célèbre de ses poèmes, et aussi le plus immoral , parut après sa mort ; c'est encore Ghild-Harold, ou, si Ton veut, Byron au déclin de sa vie, plus méprisant, plus caustique, plus sceptique que jamais; le style est admirable de légèreté, de finesse, mais au fond, c'est une débauche de génie, c'est une insulte à la pruderie anglaise et même à la morale universelle; le poète y rit de tout, avec le cynisme d'un épicurien et le persiflage spirituel d'un sceptique blasé. La haute société anglaise, lady Byron et sa famille y reçoivent de cruelles atteintes : Byron se vengeait avec l'arme terrible de l'allusion et de l'ironie.

^tl LITTÉRATURE ANGLAISE.

Ce qui frappe surtout dans cette singulière création , c'est une alternative continue de la gaieté satirique, du ton badin et léger, et de l'émotion grave, des images les plus élevées : le laid et le beau, le ridicule et le sublime se heurtent pour ainsi dire à chaque page : image trop vraie de la vie, et surtout de la société moderne.

Ce poème, qui n*est qu'un long et triste sarcasme, fut •comme le dernier mot de Byron , 6on adieu à une société méprisée, à un monde qu'il détestait, à une vie dégradée qui lui était à charge. Quand le génie tombe dans le raffinement et la charge, c'est qu'il est malade et près de s'éteindre. Il comprit qu'il avait souillé la source de l'inspiration, et qu'une vie active pouvait seule le régénérer. Une noble cause se présentait à défendre, celle de la Grèce opprimée par l'Islam : il vola à son secours. Mais à peine débarqué, il se trouva en butte aux rivalités, aux jalousies, à l'ambition, à la cupidité d'une foule de gens d'un patriotisme équivoque et d'un caractère peu estimable : il lutta quelque temps, et avec énergie, contre les difficultés, mais une maladie vint l'emporter à trente et un ans.

Thomas Moore, ami de Byron, était dépositaire de ses manuscrits : il les détruisit par scrupule , ne conservant que des lettres, des fragments qu'il publia sous le titre de Mémoires de lard Byron. C'est là, malgré les lacunes regrettables, qu'il faut aller chercher le poète, mais surtout l'homme, pour bien apprécier l'un et l'autre.

£n résumé, Byron est un grand poète, mais une étrange nature, pleine de paradoxes et de contradictions. Né grand seigneur et pair d'Angleterre, il se fait démocrate par dépit et colère plutôt que par conviction; il méprise les Grecs, et va mourir pour leur cause. U passe brusquement du plaisir, de la mollesse à l'action violente; il se

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