‹ Histoire des littératures étrangères (volume 3)Chapitre 117 sur 191 · CHAPITRE QUATORZIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE QUATORZIÈME

platt dans le vice, et il a des élans admirables vers la yertu. G*est une âme malade, et sa grande maladie c*est l'orgueil. Walter Scott l'a bien jugé : « Pauvre Byron , disait-il , c'était un homme d'une véritable bonté de cœur, ayant les sentiments les plus affectueux et les meilleurs. Il s'est misérablement perdu par son mépris insensé de l'opinion. L'opposition publique , au lieu de Faverlir ou de le retenir, ne faisait que l'exciter à faire pis. »

Comme poète, Byron invente peu; il manque de variété; sa poésie est lui-même ; elle est concentrée dans son âme, «elle se rapporte à lui seul, car il ne fait que l'épopée de ^n propre cœur. Ses principaux personnages lui ressemblent et se ressemblent : ils sont tous sceptiques, sombres, railleurs, dévorés d'orgueil et avides de plaisirs; ce sont, ■comme on dirait aujourd'hui, des déclassés, qui ont pris la société en dégoût et en haine , mais qui , avec leur orgueil et leurs prétentions, ne sont bons qu'à maudire et à rail*- 1er : rieri d'utile ne peut sortir de leur force prétendue , .qui au fond n'est qu'impuissance. Byron, comme eux , est un poète négatif, dont l'influence a été malsaine. Varié dans la forme, il est monotone au fond; quand son imagination est frappée, elle rend ou reflète l'objet avec une énergie rapide, i)rjllante; puis elle s'arrête, faute d'aliment. Aussi n'a-t-il fait aucun grand poème, rien que ' de grandes ébauches, des fragments : il disait de lui-même : c Mon esprit n'est qu'un fragment > , et ce jour-là il s'est bien jugé. Ses deux principaux poèmes, Child-Harold et Dan Juan, sont-ils autre chose que des fragments, une série d'impressions et de descriptions de voyages, dénués de plan, de conception et de vues d'ensemble? Voici, du reste, comment l'a jugé un critique qui a bien analysé son .génie :

m LITTÉRATURE ANGLAISE.

< Il y avait en lui des tempêtes intérieures, des avalanches d*idécs qui ne trouvaient d*issue que par récriture. Il a écrit par trop-plein, comme il Fa dit, par passion, par entraînement , par beaucoup de causes , mais jamais par calcul , et presque toujours avec une rapidilé étonnante : le Corsaire en dix jours, la Fiancée d'Abydos en quatre... Il n*y a point d'aussi grand poète qui ait eu Timagination aussi étroite; il ne peut pas se métamorphoser en autrui. Ce sont ses chagrins, ses révoltes, ses voyages, à peine transformés et arrangés, qu'il met en ses vers. Il n'invente pas, il observe; il ne crée pas, il transcrit. Sa copie est poussée au noir, mais c'est une copie. « Je ne peux, dit-il» écrire sur quoi que ce soit sans quelque expérience personnelle , et sans un fondement vrai^ »

A ce jugement d'un critique français, il convient d'ajouter celui du grand historien anglais Macauley, qui, six ans après la mort de Byron , prédisait déjà la décadence de sa renommée, si complète de nos jours, c Quelques années de plus détruiront tout ce qui peut rester encore de ce pouvoir magique qui appartint autrefois au nom de Byron. Pour nous, il est encore un homme jeune, noble et malheureux ; pour nos enfants , il ne sera plus qu'un écrivain. Que sa poésie subisse un sévère épluchage, que beaucoup de ce qu'ont admiré ses contemporains soit ultérieurement rejeté comme étant sans valeur, nous avons peu de doute à cet égard. »

Thomas Moore (1780-1832). Après Byron, et autour de lui , il faut grouper l'école romantique anglaise , qui parut au commencement de notre siècle , et forma une secte de dissidents, aussi unis, aussi bruyants, aussi ambitieux

* Tainc, Histoire de la littérature anglaise, i, IV.

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