CHAPITRE QUATORZIÈME. 2SS
que les romantiques français qui vinrent à leur suite vingt ans plus tard. Wordsv?orth, Soutbey, en sont les principaux chefs, avecMoore, un des plus brillants par l'imagination.
Thomas Moore était Irlandais, et il a illustré sa terre natale par ses Mélodies irlandaises, où il a chanté, avec une grftce admirable , une harmonie enchanteresse , les tristesses et les beautés de la verte £rin : ces chants sont composés sur des airs nationaux et populaires.
Moore avait débuté par une traduction d'Anacréon , qui a moins de fidélité que de charme ; il a un i)eu transformé le poète grec à son image ; il lui a enlevé de sa simplicité pour lui donner plus de passion et d'enthousiasme. Il composa ensuite, à l'imitation de Catulle , des poésies légères, sous le titre de Tom LiiUe'spoems, dont les tableaux passionnés touchent à la licence. Sa fertile et riche imagination s'est exercée sur une foule de sujets, où domine l'élément lyrique : ce sont des Odes, des Ballades ^ AtsAirs natUmaux, et aussi des ÉpUres , des Satires, dont quelquesunes sont originales et fort piquantes. Son poème oriental, les Amours des anges, n'a qu'un intérêt secondaire; mais dans Lalla-Rook il a pris un vol élevé , et su peindre les mœurs d'Orient avec une vérité qui fait illusion. Ce roman est en prose , mais il n'en brille pas moins de toutes les richesses de l'imagination, on peut même dire qu'il en devient fatigant : trop d'éclat finit par éblouir. C'est en général le défaut de ce poète , le plus habile coloriste de l'école moderne. En prose, Moore a aussi composé des ouvrages dignes d'attention : la Vie de Sheridan^ bien écrite, mais trop ornée ; Y Histoire d'Irlande, œuvre d'érudition profonde et puisée aux meilleures sources. Ses Mémoira ont été publiés par lord John Russel.
William Wordsworth (1770-1850) est le chef de l'école des Lakuies : Goleridge et Southey en sont avec lui les principaux représentants. Ce nom leur vient des lacs du Cumberland et du Westmoreland , où ils ont habité ; Walter Scott lui-même pourrait iSgurer parmi eux par la nature de ses poésies et sa prédilection pour les paysages écossais. La poésie de Wordsv^orth se perd un peu dans les nuages du mysticisme, où il côtoie les idées spiritualistes de Platon, le panthéisme de Pythagore, le tout mêlé au sentiment chrétien ; une sorte de sérénité contemplative plane sur ses œuvres, qui sont plus admirées de la critique qu'elles ne sont populaires. Walter Scott avait en haute estime le talent de ce poète» Outre ses Ballade» et ses Poèmes, il faut citer sa grande épopée descriptive YExcursion, d'une poésie pure, substantielle, mais sérieuse et
froide.
Robert Southey ( 1774-1843) est le plus fécond écrivain de cette phalange littéraire : il a laissé plus de cent volumes, tant prose que vers, écrits avec talent, sinon avec génie. Trop de fécondité ôte toujours à la force de la conception.
Dans sa jeunesse, il eut de la peine à percer; il vécut dans la gêne , et trouva qu'il y avait beaucoup à réformer dans l'organisation sociale : il rêvait l'égalité complète, et admirait fort les extravagances de la Révolution française. Mais il revint bientôt à des idées plus saines, surtout quand il eut obtenu des honneurs et des places : poète lauréat, pensionné du gouvernement, défenseur bien rétribué de l'aristocratie anglaise, il vécut dans une retraite paisible et studieuse , et passa quarante années dans le Gumber- Ifind, non loin de Goleridge et de Wordsworth. Poëte, critique, historien, collaborateur actif du Quarierky Heview,