CHAPITRE QUATORZIÈME. VH
Soulhey est un écrivain infattigable , plein d'imagination , novateur comme Victor Hugo , chercheur de légendes poétiques jusqu'au fond du Mexique et de ilnde , et sachant mettre habilement en scène toute cette féerie magnifique , invraisemblable, qui étonne, amuse, éblouit un instant, mais ne laisse ensuite que le vide , comme toutes les choses qui sortent du naturel et du possible.
C'est dans ce goût que sont composées les cinq grandes épopées de Southey , Jeanne d'Arc, qu'il écrivit à dix-neuf ans; Thalaba, poème narratif avec dragons, monstres, magiciens, hippogriffes ; la scène est arabe ; Kthama, dans le même genre , mais de couleur indoue , avec toute la mythologie qui se joue autour de Brahma, Siva et Yichnou; Madoc, légende écossaise, qui nous représente un prince celtique du troisième siècle allant découvrir l'Amérique; puis des légendes espagnoles et portugaises où figurent Colomb, PizaiTe et Gortez, les conquérants du nouveau monde ; Roderic, dernier roi des Golhs, tableau légendaire de l'invasion arabe. Comme toujours , Southey enveloppe la réalité dans une sorte de mirage fantastique et surnaturel; c'est de la poésie factice, qui éblouit et fatigue : l'ori* ginalité n'est qu'à la surface. En prose, il faut citer sa Vie de Neban, V Histoire du Brésil^ Y Histoire la guerre de la Péninsule, etc.
Coleridge (1770-1834) est le poète philosophe et mystique du groupe lakiste ; dans un voyage en Allemagne, il s'était épris des doctrines de Rant et de Fichte, dont ses ouvrages portent l'empreinte; cela n'a pas contribué à y jeter de la clarté. Il faut ajouter que Coleridge s'était habitué à prendre de l'opium, autre cause de l'obscurité et de l'incohérence qui régnent dans ses idées, surtout en prose. Comme poète, il a tout le charme de la rêverie sentimentale et de la mé-
lancolie solitaire; il rend la passion avec une délicatesse et un charme ravissants. Il a fait quelques drames, dont un seul» le Retnords, a réussi. Son WalUnstein est une traduction de Schiller. Gomme Southejr, Goleridge avait salué Taurore de la Révolution française; il finit par la maudire quand il en vit les excès.
Charles Lanib (1775) est un des derniers des poètes romantiques que nous cilerons ; il s'attacha, comme Sainte- Beuve, à la restauration du seizième siècle, et fit de fort belles poésies, empreintes d'originalité, de gr&ce et de délicatesse. Il cherche à imiter les vieux auteurs, de là un peu d'affectation, car on ne sort pas impunément de son siècle, et une restauration surannée risque toujours de choquer le goût ; il faut laisser aux archéologues ces études méticuleuses du passé : on gagne peu de chose à remuer des cendres.
John Reats (1795-1821). Les deux derniers poêles qui se présentent à nous pendant cette période sont deux jeunes gens dont la destinée a eu une trisle analogie ; tous deux poètes pleins de sentiment, mais en révolte contre Dieu et la société ; tous deux traînant hors de leur patrie une existence vagabonde, terminée par une mort prématurée; tous deux enterrés côte à côte, à Rome, dans le cimetière des protestants : ils se nomment Keats et Shelley.
Keats appartenait à une pauvre famille qui eut l'ambition de faire parvenir ses enrants, et leur donna une éducation au-dessus de leur fortune. U était élève en chirurgie, mais la lecture d'Homère, de Spenser, de Byron, lui exalta l'imagination ; il devint poète, et composa Hypérion et EniymUm^ qui furent salués comme des chefs-d'œuvre. C'était une résurrection du paganisme sensuel, mêlé à un certain mysticisme septentrional, et décoré par la mise en